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Tribune. « La dernière sortie de notre Président suggère que les portes du dialogue sont définitivement closes en Algérie »

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Est-il encore utile d’acculer le régime Algérien d’une quelconque forme que ce soit ? Et bien je ne le pense plus, non pas par peur, mais par responsabilité envers mes compatriotes, du fait de ma position d’observateur vivant sous des cieux où la chose politique revêt un tout autre sens. Il y a aussi, je dois l’avouer, une forme de résignation. Ceci dit, dans la vie politique, il faut être du moins efficace et franc, sinon lucide et honnête.

La dernière sortie de notre Président suggère que les portes du dialogue sont définitivement closes et le resteront jusqu’à la nuit des temps. On ne s’écoute plus et on préfère foncer droit vers l’inconnu la tête baissée. Quelles sont donc les solutions, ou la solution qui s’impose dans un contexte aussi pâtissant : répondre à l’immobilisme et la cécité par la mobilisation et l’organisation, et rien d’autre. Car il ne faut pas se leurrer, le régime ne cédera pas les clés du pouvoir, tant il ne comprend pas les raisons profondes de l’attroupement et de la contestation populaire. Ça relève d’une forme de psychopathie politique qui gangrène les régimes autoritaires, quels qu’ils soient par ailleurs ; soit conscients de l’enlisement, ou bien, incompétents et violents, car blottis dans une bulle de méfiance envers ses administrés.

Le régime Algérien, ai-je pensé, en suivant attentivement le discours de notre Président, n’est pas en mesure d’évaluer avec lucidité ce qui se passe vraiment dans le pays, ni dans le monde et, franchement, l’idée qui s’en est dégagée plaide en faveur d’une naïveté politique et d’un passéisme épatant. Les Algériens veulent tout simplement tourner la page et ils ont tout à fait raison ; ils ont raison de croire que leur avenir comme celui de leurs enfants n’est plus garanti. Et quoi de plus humain que de s’en soucier !

Alors, comment répondre, sans insultes ni diffamations, ce qui semble constituer un outrage impardonnable aux yeux de la justice qui, au 21e siècle continue encore d’envoyer des gosses et des activistes dans les geôles ? S’organiser, se mobiliser et démontrer que les femmes et les hommes qui battent le pavé depuis deux ans comprennent très bien les enjeux, qu’ils sont responsables de leurs actes et conscients de la portée de leurs gestes. C’est peut-être le seul moyen pour arriver à construire une véritable république ‘nouvelle’.

Le 27 février 2019, soit une semaine après les premières grandes mobilisations, j’écrivais ceci : « …dans toutes les révolutions dites de velours, le code de conduite est très précis : la rue bouge et fait trembler la citadelle, mais ne gouverne pas car c’est à l’élite de l’opposition de prendre le relais. Cet axiome ne se vérifiera peut-être pas en Algérie et c’est ce qui risquerait de compromettre ce formidable élan dont on disait improbable quoique prévu. » Les mécontents sont nombreux et leurs vraies motivations le sont tout autant, mais il y a un temps pour tout.

Deux années se sont écoulées et nous ne voyons toujours pas de lueur au bout du tunnel. Les mêmes slogans envahissent inlassablement les réseaux, affirmant haut et fort que le Hirak n’est pas un mouvement politique, mais une sorte de « bénédiction divine » inventée en terre de Berbèrie, qui prouve à la planète tout entière que nous Algériens, peuple instruit et discipliné, aspirons tout autant que l’autre à une vie meilleure, en prenant des selfies, toutefois ! Si cette propension des choses a été largement admise au début de la mobilisation, aujourd’hui, elle ne fait plus recette et elle ne devrait plus le faire.

L’opposition non structurée a eu une chance inouïe d’avoir la faveur et la ferveur de la jeunesse à ses côtés ; une bénédiction qu’elle fait d’ignorer alors que c’est le seul vrai levier pour sortir le pays de l’ornière. Mais, aujourd’hui celle-ci est dans son droit absolu de lui demander des comptes : qu’avez-vous donc fait, mesdames et messieurs de l’opposition, de ma voix brisée ?

L’Algérien d’où qu’il se positionne aime à croire au miracle politique, en l’occurrence, qu’on viendrait par un beau matin lui céder les clés des deux chambres et de la présidence sur un plateau d’argent garnit de dattes et de lait de chamelle ! Cela n’arrivera pas, et ceux qui pensent le contraire ne sont tout simplement pas honnêtes, à moins que le sang fuse et que les larmes coulent. Ce mouvement doit impérativement se mobiliser, dans les bureaux et dans les salles de réunions, se politiser dans les seules normes politiques compréhensibles et acceptables par le citoyen – qui par ailleurs vote comme ses chaussures-, et surtout par la communauté internationale. Justement, faut-il rappeler que celle-ci n’a pas daigné lever le petit doigt, non pas parce qu’on « ne nous aime pas », mais à cause du manque de structuration — et donc de crédibilité — du Hirak !

Mais alors, pourquoi donc ne sommes-nous pas arrivés à porter une seule voix qui s’exprime au nom du peuple et de ses intérêts communs ? C’est la question clé qui mérite qu’on s’y arrête. La raison, dites-vous, tout le monde en a cure mais personne n’ose l’étaler au grand jour : c’est que les agendas des uns et des autres étaient dès le départ bien ficelés, et peu ceux qui étaient suffisamment loyaux et clairvoyants, sinon à crier tous au même méchant loup, le régime, ou bien à s’égosiller en ronronnant les mêmes slogans, aujourd’hui lamentablement creux : khawa khawa, sylmiya sylmiya, etc. Est-ce parce que les Algériens sont fourbes et manipulateurs, infidèles, et,… ? Non, bien évidemment, ce comportement de suspicion est la conséquence de 60 ans de fermeture politique et de verrouillage idéologique, et cela, personne au pouvoir n’arrivera à comprendre.

Avant de se libérer d’un quelconque joug oppresseur, il faudra au préalable déchausser ses bottes de plomb pour espérer s’envoler au-dessus de la mêlée : islamisme, séparatisme, nationalisme, régionalisme ; parler le seul langage politique qui vaille, celui qui incombe de tourner le dos à ce qui fait papilloter le cœur et se focaliser sur ce qui fait briller la raison. Une seule voix, une seule personne portée par le premier cercle de l’élite, suivi du grand cercle formé par le peuple, un seul objectif et un seul programme. Tout autre scénario relèverait du cinéma d’action.

Et comment s’y prendre alors, au moment où d’autres partis se sont déjà préparés pour les prochains grands rendez-vous électoraux ? (i) créer un nouveau parti politique qui rassemble la majorité des opinions dites ‘pro-changement profond et durable’. (ii) sinon se mobiliser avec les partis existants dans lesquels chacun se reconnaît. (iii) élire une seule personne comme interlocuteur direct, et seul opposant officiel prêt à s’engager dans les batailles électorales futures… et parler au monde !

La victoire ne viendra pas uniquement à travers la chute du régime, mais à travers l’union des forces vives de la nation, la confiance et la foi dans les principes communs à (et de) la République, ceux qui assureront plus tard le droit à chacun de croire, de boire, de brandir mille et un drapeaux, librement, face au soleil aveuglant de l’Algérie.

Par Djamel Lakehal, expert scientifique algérien en mécanique des fluides et enseignant à l’école polytechnique de Zurich (Suisse), 02 Mars 2021 

6 COMMENTS

  1. Beau discours, loin du folklore algérien. Le régime algérien a compris une chose: Pour être tranquille et durer dans le temps, il faut empêcher la rue d’avoir une élite. C’est ce qu’il fait et bien pour le moment.

  2. Monsieur Djamel Lakehel

    Parler d’elections CONTROLEES par le regime ( DRS , administration) est une NAIVETE .
    L’intelligence du peuple a dit  » LA INTIKHABAT MA3A EL 3ISABAT « .

    Pour aller vers des elections « HONNETES » , il faudra d’abord passer par un accord avec le pouvoir pour :
    1) Soutirer l’organisation des elections des mains du DRS/Administration .
    Une commission independante doit organiser les elections et surtout compter les voix et declarer les resultats .
    2) Avant d’etablir cette commission independante ; il faut emettre un decret-loi pour CRIMINALISER la fraude
    electorale et publier le decret d’execution de cette loi qui prevoira de 5 a 15 ans de prison pour toute tentative de
    fraude electorale .
    Les preuves audio-visuelles seront recevables par les tribuneaux et pourront concerner chacun de 45 millions
    d’algeriens .

    Tant que le pouvoir voudra lui-meme organiser les elections , se sera le statut-quo et cela pourra finir dans la violence et le sang .
    Mr Boukrouh affirme que Tebboune le « menteur invetere » pourra finir par etre assasine . Je n’ecarte pas cela !
    A Dieu ne plaise ; mais c’est tres probable .
    La roue de l’histoire tourne et tourne , malheuresement contre l’interet de l’algerie et du peuple algerien !

  3. Que fait-on dans le cerveau du pouvoir algérien quand il y a pénurie de masques, de vaccins, de lait, d’huile, de semoule, de billets de banques, d’internet, d’eau, de voitures, de travail etc?
    Que fait-on quand la Sonatruc ( seule tirelire creuse de l’Algérie) et Air Algérie sont délabrées?
    Que fait-on quand les harragas sont en surnombres?
    Quand des milliers d’algériens sont délibérément bloqués à l’étranger comme des sans papiers à cause du Covid?
    Quand le peuple réclame l’indépendance?
    Eh bien, on accuse la main de l’Étranger, on embastille, on déchoit de la nationalité et on organise des élections qui seront aussi truquées que celles organisées durant les 60 dernières années!
    Le pouvoir algérien, lui, selon El Watan, pend bien soin de s’injecter des vaccins Covid introuvables en Algérie, de se soigner en Europe, de planquer ses devises et d’envoyer ses rejetons étudier à l’étranger et de quémander des visas toutes honte bue aux consulats étrangers.

  4. Oui Mr Tebboune l’Algérie vous appartient comme elle appartenait au Roi Bouteflika , mais sachez que vous quittez l’Algérie avant nous ,c’est ainsi qu’à décidé le peuple degrés ou de force ,la Fafa vous protège et la preuve elle vous a offert un martyre en échange de 1.500 000 martyres vous avez fait une joie pour vous l’essentiel qu’elle soit toujours dans votre cœur .Mr Tebboune vous continuez le chemin de la trahison, vous suivez le chemin de ce qui vous ont précédé , vous aurez bientôt la médaille offerte par Fafa mais jamais l’amour du peuple , aujourd’hui le peuple est réveillé et va être dur pour vous et pour vos amis. Vive le hirac et vive les algériens qui vivent à l’étranger.

  5. Le combat n’est pas fini ». liberté, paix, justice ,vive le Hirak, vive l algerie, le meilleur pour bientot
    on ne peut pas briser le rêve et l’espoir des Algériens qui revendiquent pacifiquement

    La liberté de manifester est une liberté fondamentale.

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