Tebboune, Drareni, Bouregaâ, Wafa Boudissa, Chaima et les autres : les 10 Algériens qui ont marqué l’année 2020

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Cette année 2020 a été une année cruellement difficile pour l’Algérie. Comme dans tous les autres pays de la planète, la pandémie de la COVID-19 a totalement gâché cette année 2020. Cependant, les fragilités économiques et politiques de l’Algérie ont aggravé sa vulnérabilité. En cette période de crise inédite, plusieurs personnalités se sont démarquées de par leurs actions, leurs discours, leurs, leur travail, leurs mésaventures ou leurs polémiques. Algérie Part vous propose les dix personnalités algériennes de cette année 2020. Des personnalités, que l’on a, pour certains, plus vus et entendus que notre propre famille en 2020.

  • Abdelmadjid Tebboune a marqué cette année 2020 d’un sceau indélébile. Désigné à la tête de l’Etat algérien le 12 décembre 2019, le nouveau président algérien va multiplier les promesses et les engagements pour persuader certains algériens qu’une nouvelle Algérie va bel et bien voir le jour. Dés janvier 2020, il met en place un nouveau gouvernement qui ne tardera pas à se distinguer par ses polémiques et ses incohérences. Des ministres populistes, des annonces surréalistes, des sorties médiatiques hasardeuses et sur le terrain, un bilan très mitigé pour ne pas dire quasi-nul. La Nouvelle Algérie n’a jamais vu le jour et les problèmes de l’année 2019 se sont aggravés en 2020 : emprisonnement des opposants politiques, répression du Hirak, crise financière et économique de grande envergure, détérioration des conditions de vie des Algériens, bref, Tebboune a échoué à convaincre durant sa première année de règne. Pis encore, après avoir vanté les mérites du système de santé algérien, le meilleur en Afrique d’après lui, il se retrouve contraint d’être transféré de toute urgence en Allemagne le 28 octobre dernier pour subir des soins intensifs qui lui sauveront la vie à la suite de son infection COVID-19. Et depuis plus de deux mois, le Président algérien a disparu des radars. Hospitalisé encore à l’étranger, personne ne connaît encore la date de son retour au pays. L’Etat est paralysé et les incertitudes pèsent plus que jamais sur l’avenir de l’Algérie. Maudite année 2020 pour Tebboune. Est-ce la faute de la COVID-19 ? Pas seulement…
  • Lakhdar Bouregaâ est la véritable révélation de cette année 2020. Figure emblématique du Hirak, il s’est imposé comme la personnalité la plus respectée de toute l’Algérie en 2020. Malheureusement, une personnalité qui s’est éteinte. Lakhdar Bouregaâ, vétéran très respecté de la Guerre d’indépendance, est décédé à l’âge de 87 ans le 4 novembre dernier. « Lakhdar Bouregaâ est sous la protection d’Allah », avait sobrement écrit Hani Bouregaâ, avant d’ajouter une formule religieuse consacrée.Sa famille avait annoncé le 21 octobre qu’il était atteint du coronavirus. Sa femme a également été hospitalisée. Sa famille a respecté le voeu qu’il avait formulé de son vivant : ne pas être enterré dans le carré des martyrs de la Révolution algérienne au cimetière El Alia à Alger, le plus grand du pays, où reposent l’émir Abdelkader, héros de la première résistance anti-française, les grandes figures de la guerre de libération (1954-1962) et les anciens chefs d’État. Jusqu’au bout, Lakhdar Bouregaâ est resté fidèle à ses convictions et ses valeurs d’irréductible rebelle.  À l’annonce de son décès, les hommages se sont multipliés sur les réseaux sociaux. « Bouragaa nous a quittés. Il a donné sa vie pour sa Patrie. Honorons le en continuant son combat, en nous battant pour la liberté et pour une Algérie meilleure ! », avaient écrit de nombreux algériens pour saluer sa mémoire.
  • Khaled Drareni, 40 ans,  est devenu à son corps défendant le symbole de cette Algérie réprimée et étouffée en 2020 par l’un des régimes les plus autoritaires au monde. Condamné à trois ans de prison ferme début août,  Khaled Drareni a subi encore l’arbitraire de la justice algérienne qui l’a condamné dans un procès en appel le 15 septembre à deux ans de prison pour avoir couvert les manifestations contre le régime algérien. Khaled Drareni est devenu ainsi le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie. Incarcéré depuis maintenant 9 mois, il illustre parfaitement la sévérité de la sentence a déclenché l’indignation et la colère des journalistes venus le soutenir au tribunal. Khaled Drareni a commencé sa carrière de journaliste en 2004, en travaillant pour la presse écrite (La Tribune, Algérie News) avant de se tourner vers la radio (Radio Algérie Internationale, la Chaîne 3 de Radio Alger) puis la télévision. En 2012, il anime l’émission de débat politique Dzaïr TV, “Controverse”, et déclenche une vive polémique alors qu’en l’interrogeant il s’étonne que le Premier ministre de l’époque compare la candidature du président Bouteflika à un “don de dieu”. Khaled Drareni devient ensuite rédacteur en chef et présentateur vedette du “19 Info”, le premier journal télévisé en français de la chaîne Echourouk. Le 1er novembre 2017, il fonde le site d’information Casbah Tribune. Depuis 2016, le journaliste travaille également comme correspondant en Algérie pour TV5 Monde et depuis 2017 pour RSF. Pour Casbah Tribune et TV5 Monde, il a couvert sans aucune concession le mouvement de contestation du Hirak qui commence le 22 février 2019 à Alger.
  • Rachid Nekkaz a marqué l’année 2020 même s’il n’a jamais vu la lumière du jour de cette sinistre année depuis sa lugubre cellule de prison à Koléa, l’un des plus grands établissements pénitentiaires de toute l’Algérie. Emprisonné depuis le 4 décembre 2019, Rachid Nekkaz est officiellement accusé « d’atteinte à l’unité nationale » et d’ »incitation à attroupement armé ». Mais depuis plus d’une année, il n’a jamais été jugé et il continue de croupir en prison. Espérant le briser définitivement, le régime algérien a eu tort. Et pour cause, Rachid Nekkaz continue à faire de la politique depuis sa cellule de prison. Il envoie ses lettres transmises via ses avocats à sa communauté qui continue de le suivre fidèlement sur les réseaux sociaux. Ses plus récentes lettres à Belkacem Zeghmati, ministre de la Justice, pour dénoncer les conditions de détention des détenus algériens ont suscité un énorme buzz en Algérie. Et l’opposant n’a jamais cessé de faire parler de lui. Rachid Nekkaz est devenu aux yeux des Algériens le seul opposant authentique.
  • La défunte médecin Wafa Boudissa est certainement le symbole de la lutte acharnée menée par l’Algérie contre la terrible épidémie de la COVID-19. La jeune médecin est morte à l’âge de 28 ans parce qu’elle a continué de travailler alors qu’elle était enceinte de huit mois. Son sens du sacrifice et son engagement sans failles en faveur des patients malades ont ému toute l’Algérie. Décédé le 15 mai 2020, Wafa Boudissa avait été infectée par le Covid-19 alors qu’elle exerçait comme médecin généraliste à l’hôpital de Ras El Oued de la wilaya de Bordj Bou Arreridj, après un séjour d’une semaine à l’hôpital d’Ain Kebira, la ville où elle réside. La ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la condition de la Femme, Kaouter Krikou, considérant la défunte « une martyre du devoir », a relevé « la perte non seulement d’un médecin mais également d’une femme algérienne ». Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, s’était déplacé jusqu’à son domicile familial pour lui rendre hommage et manifestait sa solidarité avec sa famille infortunée. Cette défunte médecin est devenue aux yeux des Algériens endeuillés par la COVID-19 une véritable héroïne et une martyre.
  • Le professeur Si Ahmed El Mahdi est l’autre symbole de ce sacrifice consenti par l’Algérie dans cette guerre interminable contre l’épidémie de la COVID-19. Véritable pilier de la chirurgie à Blida, ce professeur est décédé le 30 mars 2020 après complication de son état de santé en raison de sa contamination par le coronavirus.  Après quelques jours passés en réanimation aux urgences du CHU Frantz Fanon à cause d’une insuffisance respiratoire aigüe, la maladie, brève et fatale, a eu malheureusement raison de lui. Son décès a coïncidé avec la visite du Premier ministre à Blida. Ce dernier a entamé son discours, à l’intérieur du Chu Frantz Fanon, par un hommage à ce professeur à travers une prière et une minute de silence. Le professeur Si Ahmed, aimé et apprécié par ses confrères et anciens disciples, est né il y a 72 ans en Kabylie. Il a fait ses études secondaires et universitaires à Alger et a entamé sa carrière professionnelle au Chu Mustapha. Au milieu des années 1980, il est affecté à Blida en tant que maître-assistant en chirurgie générale à l’hôpital Faubourg, puis à la clinique Ferroudja. Il a été ensuite promu docent, puis professeur et a dirigé le service de chirurgie générale du Chu Frantz Fanon durant plusieurs années, et ce, jusqu’à sa retraite en 2016. Une retraite concernant juste la chefferie du service puisqu’il avait continué à exercer, avec amour et abnégation, son noble métier jusqu’à la déclaration de sa maladie. Il faut rappeler que c’est le Pr Si Ahmed qui est derrière la première greffe rénale à Blida, effectuée avec succès en 2006.
  • La jeune Chaima a marqué terriblement cette année 2020. A 19 ans, cette jeune fille est devenue malheureusement le symbole des violences inhumaines infligées aux femmes en Algérie. Son prénom est venu s’ajouter à une liste morbide qui s’allonge, mois après mois : celle des féminicides. Un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur en Algérie. La jeune fille a été enlevée, violée et brûlée par son bourreau. Il la harcelait et l’avait déjà agressée quatre ans plus tôt. Malgré le dépôt de plainte de l’adolescente, il n’avait pas été poursuivi. Le crime a été commis dans la commune de Reghaïa, dans la banlieue Est d’Alger. La jeune Chaïma n’avait pas donné signe de vie depuis qu’elle avait quitté son domicile familial, quelques jours auparavant. Selon le témoignage de sa mère, Chaïma avait rendez-vous avec son futur bourreau, Bouchenaki Abdeslam, qui la harcelait depuis longtemps. Elle souhaitait mettre fin à ce harcèlement. Chaïma a été kidnappée, torturée, violée. Son assassin lui a porté plusieurs coups de couteau, puis l’a aspergée d’essence avant de lui mettre le feu pour l’achever. Son corps a été retrouvé samedi 3 octobre par les services de la Sûreté, dans une station-service désaffectée de Thénia, près de Boumerdes. Le juge d’instruction près le tribunal de Boumerdes a ordonné, lundi 5 octobre, de placer en détention provisoire le meurtrier présumé de la jeune femme. Il est accusé d’homicide volontaire en recourant à la torture. Selon des sources locales, l’individu a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Il aurait affirmé avoir tendu un piège à la victime. Ce crime a immédiatement soulevé une vague d’indignation et de colère à travers tout le pays et même au-delà.
  • Djamel Belmadi, le sélectionneur de l’équipe nationale de football, mérite certainement de se retrouver parmi les 10 personnalités algériennes qui ont marqué l’année 2020. Entraîneur exigeant, rigoureux et charismatique, il a pu maintenir l’Algérie dans le club fermé des meilleures sélections nationales en Afrique et au monde. L’équipe nationale de football est certainement la seule institution algérienne qui a été épargnée par la crise  d’instabilité ayant ébranlé l’Algérie depuis 2019. Après le sacre africain en 2019, le sélectionneur de l’Algérie, Djamel Belmadi, a continué de faire oublier à l’équipe d’Algérie les heures difficiles qu’a connu l’équipe depuis 2014. Rigueur, franc-parler, discipline, proximité avec les joueurs … les recettes de l’entraîneur algérien ont permis de maintenir l’équipe nationale au top de sa forme régalant ainsi les Algériens avec des victoires qui s’enchaînent et du beau jeu qui épate. Merci coach !
  • Belkacem Zeghmati est le ministre qui a fait parler de lui le plus au cours de cette 2020. La justice, le secteur qu’il dirige, est au coeur de toutes les polémiques notamment en raison de l’incarcération arbitraire des jeunes militants et opposants du Hirak. Des procès expéditifs et des verdicts taillés sur mesure, la justice algérienne algérienne s’est attirée toutes les foudres en 2020. En dépit de toutes ces vives critiques, force est de constater que Belkacem Zeghmati est demeuré l’un des rares ministres algériens encore populaires et jouissant d’une forte crédibilité que lui accorde ses partisans. Considéré comme le « nettoyeur » de la corruption en Algérie, Zeghmati jouit toujours de l’image du guerrier qui veut sauver le pays du péril de l’argent sale grâce aux procès répétitifs intentés à l’encontre des oligarques et anciens ministres de l’ère Bouteflika. A tort ou à raison, cette image lui colle à la peau et risque de lui permettre de rester encore longtemps au pouvoir.
  • Khaled Nezzar a provoqué certainement en 2020 la polémique la plus grave et importante de toute l’année. Après un exil forcé qui a duré plus d’une année et demie, le général Khaled Nezzar a fait son retour en Algérie le 11 décembre dernier dans des conditions très controversées. Avion présidentiel, accueil solennel à l’aéroport militaire de Boufarik, le général algérien et ex-ministre de la Défense Nationale au début des années 90 est revenu en Algérie totalement réhabilité malgré un mandat d’arrêt international et une sévère condamnation à 20 ans de prison ferme prononcée par le tribunal militiare de Blida. Ce retour a divisé les Algériens et suscité un véritable tollé. Khaled Nezzar compte de nombreux détracteurs et adversaires qui lui imputent la responsabilité des crimes des années 90. Ces détracteurs ont été scandalisés par ce retour inattendu et les privilèges qui lui ont été accordés. Quant à ses partisans, ils saluent une réhabilitation totalement justifiée et dénoncent une cabale judiciaire totalement infondée. La polémique ne cesse toujours pas d’enfler.

 

2 COMMENTS

  1. la déontologie journalistique fait appel directement à un devoir du journaliste et être neutre et dire à la vérité

    Messieurs les journalistes ,S’il vous plaît, examinez ce que vous faites et ce que vous écrivez . beaucoup de gens lisent votre journal , je ne comprends pas votre journal et c est très grave de parler au nom des citoyens algériens concernant

    Rachid Nekkaz est devenu aux yeux des Algériens le seul opposant authentique.

    rachid Nekkaz Svp il y a des vidéos qui circulent sur you tube, il appelle a tuer les députes.

    messieurs les journalistes On se me demande : de quel côté vous êtes ?

    Ce qu’on attend d’un journaliste, c’est qu’il soit objectif, i.e. qu’il base ses prises de positions et ses analyses sur des faits vérifiables

    mes pensées sont vers sa famille Wafa Boudissa personne ne peut t oublier

  2. « Rachid Nekkaz est devenu aux yeux des Algériens le seul opposant authentique » ! Soyons un peu plus sérieux ! D’où détenez vous cette sentence ?
    Pour rafraichir votre mémoire , Rachid Nekkaz a voulu participer à l’élection présidentielle avortée de 2019 et qui a été rejetée par tous les opposants effectifs ! Pire , sachant qu’il n’y avait pas droit au regard de sa double nationalité , il présente un dossier au nom de son cousin homonyme , ce qui est une pure contre façon !