Révélations. Comment le général-major Mohamed Bouzit et le lieutenant-colonel Tarek Amirat ont tenté de racketter un investisseur émirati à Alger

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La chute du général-major Mohamed Bouzit dit Youcef, l’ancien patron du renseignement extérieur algérien, à savoir la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DDSE) a provoqué un véritable séisme au sein des services secrets algériens. L’homme qui avait régné de septembre 2013 jusqu’à janvier 2021 sur le renseignement extérieur algérien est l’une des plus précieuses boites noires du régime algérien. Mohamed Bouzit dit Youcef, présenté comme un spécialiste du dossier libyen et du Sahel, est impliqué dans plusieurs scandales qui n’ont toujours pas été élucidés. Aujourd’hui, la Rédaction d’Algérie Part déterre l’un de ses dossiers les plus ténébreux que les enquêteurs de la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée (DCSA) ne veulent pas encore ouvrir en raison de l’implication du fils de Zoubida Amirat, veuve du défunt moudjahid Slimane Amirat, le lieutenant-colonel Tarek Amirat, que le tout Alger vénère parce qu’elle est prétendument la « copine » de Said Chengriha, le Chef d’Etat-Major de l’ANP, l’institution militaire algérienne. 

Depuis la chute et l’emprisonnement du général-major Mohamed Bouzit dit Youcef, pas moins de 8 anciens de ses collaborateurs dont 5 commandants et 3 lieutenants-colonels ont été d’ores et déjà convoqués et auditionnés par les enquêteurs de la DCSA, le service de renseignement militaire chargé par l’Etat-Major de l’ANP d’enquêter sur les dérives des dirigeants militaires algériens. Mais jusque-là, le lieutenant-colonel Tarek Amirat a été étrangement épargné et demeure classé dans la catégorie des « officiers intouchables » alors que son implication est avérée dans de scabreuses affaires.

L’un des dossiers sulfureux que traîne derrière le lieutenant-colonel Tarek Amirat, considéré comme l’un des officiers les plus influents de la DDSE, est le fameux dossier des « tours de Sidi Fredj », à savoir la célèbre luxueuse promotion immobilière dirigée par la Société algéro-émiratie de promotion immobilière (Émiral) dont le principal actionnaire est le controversé Cheikh Ahmed Hassan Abdul Qaher Al-Sheebani, richissime milliardaire émirait qui est aussi actionnaire de plusieurs autres grosses entreprises présentes en Algérie comme la Société algéro-émiratie de fabrication de tabac (Staem).

Ce luxueux projet immobilier d’Emiral à Sidi Fredi qui tourne autour de la construction de 4 tours résidentielles de 26 étages avait suscité les convoitises de toute la nomenklatura algérienne qui rêvait d’habiter cette future résidence réservée aux plus riches et fortunés du pays.

Fin 2015, Tarek Amirat était à l’époque encore un simple commandant qui travaillait à la direction de coopération de la DDSE, l’une des sous-directions les plus prestigieuses et importantes du renseignement extérieur algérien. Il avait pu faire la connaissance d’une « source » qui travaillait au sein du Premier-ministère dirigé à l’époque par Abdelmalek Sellal. Cette source avait expliqué à l’agent Tarek Amirat qu’il dispose de toutes les preuves attestant de privilèges illicites octroyés par Abdelmalek Sellal au profit du Cheikh Emirati Al-Sheebani.

D’après cette source, l’ancien Premier-ministre algérien avait intervenu pour accorder illégalement un permis de construire au profit du Cheikh Emirati afin de construire ses deux premières tours de R+15 au niveau de Sidi Frejd dans une zone qui n’était pas du adaptée à ce genre de constructions en raison de son classement comme une zone d’extension touristique dont les édifices ne doivent pas dépasser une certaine hauteur et doivent se conformer à certaines exigences urbanistiques.

Le commandant Tarek Amirat s’était emparé du dossier en promettant à sa source que les services secrets vont agir et protéger l’intérêt national contre ces pratiques scandaleuses. Mais en vérité, le fis de Zoubida Amirat ne va absolument pas agir en faveur de l’intérêt général du pays. Bien au contraire, il avait saisi son supérieur hiérarchique le général Mohamed Bouzit dit Youcef pour lui proposer d’échafauder un plan dans le but de soutirer des avantages personnels grâce à ces informations sensibles.

Les deux hommes, à savoir Mohamed Bouzit et Tarek Amirat vont ainsi se mettre d’accord pour détourner ces informations confidentielles au profit de leurs propres intérêts personnels et mercantiles. En effet, l’ex-patron de la DDSE et son collaborateur ont décidé ainsi… de racketter le milliardaire émirati Al-Sheebani en faisant usage du dossier qui leur a été transmis par une source, un lanceur d’alerte patriote qui pensait naïvement que les officiers des services secrets de son pays vont lancer une vaste enquête pour défendre l’intégrité morale de l’Etat.

Dans ce contexte qu’au début de l’année 2016, le commandant Tarek Amirat a rencontré un émissaire dépêché par le Cheikh Emirati jusqu’à Rome. La rencontre s’était déroulée ainsi à l’étranger à l’abri des regards inquisiteurs qui guettaient les mouvements du milliardaire émirati à Alger. Au moment des faits, Tarek Amirat avait été nommé par la DDSE au bureau de sécurité de l’Ambassade d’Algérie en Italie.

C’est au cours de cette rencontre que l’officier de la DDSE avait clairement exigé à l’émissaire du Cheikh Emirati l’attribution de 5 appartements luxueux pour qu’il puisse intervenir auprès de son chef le général-major Mohamed Bouzit et le persuader de bloquer la supposée enquête enclenchée à son encontre par le renseignement extérieur algérien.

Le Cheikh Emirati accepte de dealer avec Tarek Amirat et son chef Mohamed Bouzit. Il s’était engagé à livrer… les 5 appartements en contrepartie d’une immunité totale que lui offrirait la DDSE. Cheikhi Al-Sheebani s’était même engagé à intervenir à Dubai pour favoriser l’ascension du fils du général-major Mohamed Bouzit qui s’était établi dans cette cité enchanteresse du Golfe en commençant sa carrière comme employé dans une Banque émiratie.

Il s’avère que ce deal n’a pas duré longtemps car Abdelmalek Sellal avait été relevé de ses fonctions fin mai 2017 et en quittant le Premier-ministère, le milliardaire émirati pouvait enfin tourner la page sans subir encore longtemps le chantage que lui exerçait Tarek Amirat et Mohamed Bouzit. Il faut dire que de 2016 jusqu’à 2017, les relais du Cheikh Al-Sheebani se sont très bien développés jusqu’au plus haut sommet de l’Etat algérien notamment grâce à une bonne relation qu’il avait pu construire avec Said Bouteflika, le frère et conseiller d’Abdelaziz Bouteflika, le président malade et affaibli devenu inaccessible pour Cheikh Al-Sheebani et d’autres investisseurs émiratis.

Grâce à une plus forte proximité avec Said Bouteflika, le milliardaire émirati ne craignait plus les menaces des hauts responsables de la DDSE. Les appartements n’ont donc jamais été livrés à Mohamed Bouzit et Tarek Amirat. Ce dernier s’était même retourné contre son chef en filant toutes les informations confidentielles de ce dossier à Said Bouteflika auprès duquel il s’était rapproché dés 2017 grâce aux interventions de sa prestigieuse famille auprès des Bouteflika. Et c’est dans ce contexte que Tarek Amirat a fini par devenir l’un de ses petits protégés au sein des services secrets algériens. Les relations avec son chef Mohamed Bouzit se sont gravement détériorées à partir de 2018 et Tarek Amirat s’était tout bonnement rebellé contre son supérieur hiérarchique en jurant que son seul chef était… Said Bouteflika avec lequel la famille Amirat avait tissé des relations particulièrement amicales.

Aujourd’hui, dans sa chute, le général-major Mohamed Bouzit n’a pas pu emmener avec lui Tarek Amirat promu lieutenant-colonel et réhabilité après un séjour en prison et une dure traversée de désert de l’été 2019 jusqu’à février 2020. Encore une fois, madame Zoubida et les autres membres de la famille Amirat ont fait jouer leur réseau pour offrir une « deuxième chance » à leur fils chéri l’officier de la DDSE qui échappe, désormais, à cette purge menée par la DCSA dans le cadre de vastes enquêtes diligentées par la Justice militaire sur les agissements des anciens hauts responsables du renseignement extérieur algérien. Dis moi qui est ta maman, je te dirai quelle carrière tu peux t’offrir au sein des services secrets algériens. Tel est l’adage qui résume parfaitement le parcours du lieutenant-colonel Tarek Amirat.

 

2 COMMENTS

  1. Pour vous convaincre que nous sommes définitivement une dictature au dessus des lois c’est le sort réservé à tous ceux qui rêvent de démocratie dont un homme très symbolique, jeté aux oubliettes et sur lequel il y’a unanimité de ses pairs :
    Il s’agit du Général Ghediri ! Alors, circulez …
    Rappelez-vous la fameuse phrase « Inal dine li ma Ihabnach ! »