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Révélations. Comment l’Algérie a massacré ses champs gaziers pour profiter de l’augmentation des prix sur les marchés mondiaux

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Les exportations algériennes de gaz naturel ont augmenté durant le premier semestre de l’année 2021 de 75% par rapport à la même période en 2020, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. Ceci dit, pour atteindre cette performance, la direction générale de Sonatrach a validé des décisions hyper-dangereuses pour l’avenir des gisements gaziers du pays car pour booster la production, la Sonatrach a négligé terriblement les paramètres techniques indispensables à la conservation des gisements de Hassi- R’mel et de Rhourd Ennous dont le recyclage des quantités de gaz nécessaires n’a pas été respecté avec des conséquences irréversibles sur leur rendement futur notamment au niveau du gisement de Rhourd Ennous. Explications et révélations. 

Sur le marché mondial, l’embellie des prix du gaz naturel est effectivement alléchante et ouvre des perspectives prometteuses pour un pays gazier comme l’Algérie. A cause de la reprise économique mondiale, la réduction des flux de la part de la Russie, un incendie et le report de la construction de nombreux terminaux de GNL, les cours du gaz naturel s’envolent depuis la fin du mois de juin dernier.

Cette augmentation des prix du gaz naturel est perceptible sur les marchés européens où il faut remonter jusqu’à 2008 pour trouver des cours aussi élevés. En France, à titre d’exemple, le tarif réglementé, qui concerne encore un tiers des 10,7 millions d’abonnés au gaz, a augmenté de 9,96 % au 1er juillet, avait annoncé, vendredi 25 juin, la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Cette poussée est due pour une bonne part (7,8 %) « à la hausse des prix du gaz sur le marché mondial », explique-t-elle.

Une nouvelle augmentation est entrée en jeu depuis le 1er septembre dernier. Les tarifs du gaz ont augmenté encore de 8,7% au 1er septembre, a annoncé toujours la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Cette évolution est observée dans tous les pays européens et asiatiques et résulte de « la reprise économique mondiale observée depuis plusieurs mois et par la forte augmentation des prix du gaz sur le marché mondial due à un contexte exceptionnel ».

Plusieurs facteurs expliquent le phénomène. La reprise économique post-Covid-19 d’abord, notamment en Chine et sur le Vieux Continent. Elle nourrit une demande soutenue des industries très énergivores (papeterie, chimie, automobile, aluminium, agroalimentaire, sidérurgie…), qui absorbe les trois quarts de la production mondiale de méthane.

En Algérie pour profiter de cette inédite embellie des cours mondiaux du gaz, la direction générale de Sonatrach a opté pour un mode d’exploitation qui a provoqué des dégâts catastrophiques sur les principaux gisements de gaz du pays. Algérie Part a pu, effectivement, confirmer au  cours de ses investigations que de nombreux puits gaziers ont été saccagés par l’utilisation abusive de certains procédés d’extraction. Ces puits relèvent de la région de Rhourde Nouss (RN).

Située à 230 km au sud-est du champ de Hassi Messaoud, le champ de Rhourde Nouss est pratiquement le deuxième plus important gisement de gaz naturel en Algérie après le célèbre champ de Hassi R’mel. Le premier forage a été réalisé à Rhourde Nouss en 1961. Une série de réservoirs contenant du gaz à condensat a été rencontrée à partir de la cote 2 685 mètres. Cette région est caractérisée par la présence de treize accumulations comportant jusqu’à une dizaine de réservoirs, notent à ce sujet les experts en hydrocarbures de Sonatrach. Pour comprendre l’importance stratégique de Rhourde Nouss, il suffit de savoir qu’il a des des réserves prouvées d’environ 370 milliards de mètres cubes. Découvert en 1980, Rhourde Nouss produit environ 1,69 milliards de pieds cubes/jours.

Au cours des mois de mars et avril 2021, la direction générale de Sonatrach a tenté de corriger les erreurs de ses décisions de management qui ont négativement impacté la production nationale du gaz tout au long de l’année 2020 et, par ricochet, les exportations du gaz naturel vers l’étranger, l’une des principales sources de devises du pays. Dans la précipitation et sans recourir à l’expertise scientifique nécessaire pour booster la production tout en préservant la sécurité des réservoirs des gisements, la division exploitation et production de Sonatrach a modifié le protocole régissant la réinjection du gaz, une technique d’exploitation et d’extraction du gaz naturel qui a été arrêtée totalement par Sonatrach depuis le début de l’année.

Il faut savoir à ce propos que la réinjection de gaz concerne la réinjection de gaz naturel dans un réservoir souterrain, généralement dans un réservoir contenant déjà à la fois du gaz naturel et de pétrole brut, afin d’augmenter la pression dans le réservoir et ainsi augmenter le débit de pétrole brut ou encore séquestrer le gaz qui ne peut pas être exporté. Ce mode d’emploi ne doit pas être confondu avec l’extraction par injection de gaz, où le gaz est injecté dans le tube annulaire du puits plutôt que le réservoir. Après que le brut ait été pompé, le gaz naturel est une fois encore récupéré. Comme bon nombre des puits découverts partout dans le monde contiennent du pétrole brut lourd, ce processus augmente leur production.

L’utilisation de cette technique sans prendre en considération des précautions d’usage a provoqué des remontée des eaux accompagnées de sable provoquant ainsi des dégâts au niveau de plusieurs puits. Et pour cause, la remontée des eaux est considérée par les spécialistes du forage pétrolier et gazier comme un danger majeur pour l’intégrité des gisements de gaz. Ces remontées d’eau ont provoqué ainsi l’ennoiement de nombreux puits des gisements de Rhourde Nouss.

Selon nos investigations, plus d’une dizaine de puits ont été ainsi fermés par les ingénieurs de Sonatrach à cause de cet incident technique et industriel qui ne manquera pas de provoquer un manque à gagner au niveau du champ de Rhourde Nouss. La fermeture des puits est un impératif majeur pour empêcher que les remontées d’eau ne se propagent pas à d’autres puits au risque de provoquer encore leur ennoiement. Les ingénieurs de Sonatrach tentent ainsi de limiter les dégâts en réparant les conséquences funestes des mauvaises décisions émanant de la direction générale du groupe dont les principaux décideurs ignorent, faute de compétences avérées, les nuances complexes de l’industrie pétrolière et gazière.

L’entretien des gisements gaziers et pétroliers relèvent d’un savoir-faire qui nécessite une expertise et des formations spécifiques. Les réservoirs des gisements des hydrocarbures nécessitent un travail d’orfèvre au quotidien car il s’agit de sites énergétiques très sensibles.

Selon nos sources, les véritables compétences de Sonatrach ne sont pas écoutées et prises au sérieux ni associées à la prise de certaines décisions stratégiques. C’est ce qui explique la récurrence des incidents industriels ou techniques sur les sites de production de Sonatrach.

La réinjection de gaz doit obéir à des protocoles techniques très austères et complexes pour pouvoir garantir la bonne exploitation d’un champ de gaz naturel. Il est impossible d’exploiter un gisement sans tenir compte de plusieurs exigences techniques indispensables à la poursuite de l’extraction du gaz naturel en toute sécurité.

Il est à souligner enfin que l’Algérie pèse officiellement près de 4,5 % des exportations mondiales du gaz. Elle exporte chaque année près de 53 milliards de M3 de gaz naturel. L’Algérie fournit 11 % du gaz européen. Elle est le troisième fournisseur de gaz d’Europe, derrière la Russie et la Norvège. L’Algérie est confrontée ces dernières années à une rude concurrence notamment de la Russie, les Etats-Unis et son gaz de schiste ainsi que le Qatar avec son GNL. Pour améliorer ses revenus en devises, la direction générale de Sonatrach a jugé utile de diminuer drastiquement le gaz réinjecté dans les puits pour pouvoir l’exploiter et l’exporter vers l’étranger augmentant ainsi les capacités d’exportation du pays. Cependant, cette décision a provoqué des graves conséquences écologiques au niveau des gisements gaziers du sud du pays.

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