Pourquoi les pertes de Sonatrach vont dépasser largement les 10 milliards de dollars cette année

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Hier lundi, le ministère de l’Energie a reconnu que cette année 2020, le groupe Sonatrach, principal poumon économique du pays, s’apprête à encaisser des pertes records atteignant les 10 milliards de dollars. En réalité, ces pertes représentent le manque important à gagner jusqu’à fin septembre 2020 par rapport à la même période en 2019 à cause de la pandémie de coronavirus, avec une baisse de 41% de son chiffre d’affaires à l’exportation, indique le bilan présenté par le ministère de l’Energie.

Il s’avère, malheureusement, que ce bilan sous-estime la réalité amère des pertes que devra déplorer à la fin de l’année 2020 le groupe Sonatrach. En effet, la facture va largement dépasser les 10 milliards et risque d’atteindre même les 15 milliards de dollars. Et la pandémie du coronavirus COVID-19 n’est guère la seule et unique cause de ce gâchis financier.

En effet, la très mauvaise gestion de l’actuel establishment de Sonatrach et ses multiples mauvaises décisions expliquent en grande partie les pertes records de cette année 2020 de la compagnie nationale des hydrocarbures. L’actuelle direction générale de Sonatrach conduite par Toufik Hakkar et ses collaborateurs ont pris des décisions qui ont impacté fortement la production de plusieurs produits pétroliers et gaziers comme le GPL, le GNL et les condensats, à savoir un mélange liquide d’hydrocarbures légers servant de matière première à la pétrochimie.

Cette chute de production a aggravé les pertes financières de Sonatrach. Et pourtant, le marché mondial continuait de réclamer ses produits pétroliers et gaziers hyper-stratégique pour l’industrie mondiale car il s’agit de matière de base pour la fabrication de plusieurs produits industriels incontournables dans notre quotidien comme le plastique ou divers carburants commerciaux.

Les managers de Sonatrach et à leur tête Toufik Hakkar ont pris de très mauvaises décisions en immobilisant les outils de production de Sonatrach diminuant ainsi la productivité du groupe et réduisant ainsi ses recettes d’exportations en devises. Il faut savoir qu’il n’y a pas que l’exportation du pétrole ou gaz brut pour gagner de l’argent. Il y a aussi la commercialisation des produits raffinés et transformés. Et sur ce point, Sonatrach a perdu énormément d’argent. Les graves perturbations de la production du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) ont aggravé également les pertes financières de Sonatrach. Durant l’année 2020, le complexe de GNL de Skikda est resté fermé pour des grosses bourdes de maintenance pendant tout le premier semestre ! C’est du jamais vu. Les pertes ont dépassé 1,5 milliard de dollars, c’est le montant de production GNL que Sonatrach aurait pu exporter étant donné que la demande mondiale en GNL a repris à partir de l’été dernier. Depuis le début du mois de septembre, c’est l’autre grand complexe GNL d’Arzew qui arrête brutalement sa production à la suite d’un grave incident technique nécessitant une grande opération de contrôle et de maintenance. Jusqu’à aujourd’hui, aucune réouverture n’a été annoncée et la production ainsi que les exportations de Sonatrach ont été brutalement ralenties. L’addition finale sera salée et dépassera les 3 milliards de dollars d’ici la fin de l’année 2020.

Chaque crise créé ses nouvelles opportunités. Et la direction générale n’a pas su comment s’adapter à cette crise mondiale en cherchant d’autres potentiels débouchés comme le business du stockage des produits pétroliers ou la négociation de nouveaux  contrats commerciaux avec des clients issus de zones géographiques inexplorées jusque-là par Sonatrach. C’est cette incompétence avérée des actuels dirigeants de Sonatrach qui a failli coûter à l’Algérie de perdre son principal client espagnol, à savoir le groupe Naturgy Energy avec lequel Sonatrach s’est lancé dans un bras-de-fer perdant pendant 6 mois avant de conclure finalement un accord à l’amiable révisant les prix sur lesquels se basait l’Algérie pour livrer son gaz naturel au marché espagnol.

Enfin, cette série de contre-performances, de mauvaises décisions et d’absence de compétences avérées au top management de Sonatrach a fini par coûter d’énormes pertes financières à l’Algérie étant donné que son seul poumon économique va perdre près de 15 milliards de dollars d’ici la fin de l’année en cours.