L’importation des voitures de moins de 3 ans par les Algériens « à leurs propres frais » : est-ce vraiment une bonne mesure pour l’Algérie ?

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    Les Algériens pourront ainsi à partir de l’année prochaine 2020 importer des voitures de moins de 3 ans « à leurs propres frais », a reconnu officiellement le ministre des Finances, Mohamed Loukal. Or, ce dernier n’explique nullement les tenants et aboutissants du processus nécessaire au financement de ces importations.  Et ne dit même pas l’essentiel à propos de cette fondamentale question : est-ce une mesure positive pour l’économie et les finances de notre pays ? 

    Mohamed Loukal s’est contenté d’expliquer que « l’importation de ces véhicules n’alimentera pas le marché noir des devises détenu par les plus gros vendeurs et acheteurs traditionnels ». Pourquoi ? Parce que « les concessionnaires automobiles agréés à assurer ce type d’importation » ne seront pas autorisés à importer ces véhicules afin d’éviter les pratiques de surfacturation et la fuite des capitaux dont souffre cruellement l’Algérie. Et comme  le carburant Diesel devra être retiré du marché européen à l’horizon 2023, « le Gouvernement ne veut pas que le marché algérien soit inondé par des véhicules fonctionnant au diesel en cas d’autorisation de leur importation », a expliqué encore à ce propos Mohamed Loukal devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN).

    Et pour éviter l’évasion des devises, le régime algérien a fixé certaines règles consistant à autoriser les particuliers à acheter un véhicule à l’étranger que tous les trois ans. En tant que citoyens algériens, ils devront justifier d’un compte bancaire, en devise, ouvert dans le pays. Cela suffira-t-il à stopper les surfacturations et l’évasion des capitaux ? Pas vraiment car les voitures de moins de 3 ans coûtent cher en Europe. Et l’addition de leur acquisition sera salée. Rien n’empêchera concrètement un algérien à « gonfler » la facture d’un véhicule de moins de 3 ans pour transférer illicitement des devises à l’étranger. Et même si le gouvernement algérien va imposer un quota des importations en fixant un nombre précis des voitures qu’il ne faut pas dépasser, les algériens qui vont importer ces voitures peuvent facilement surfacturer le prix de la voiture et envoyer des devises à l’étranger causant ainsi du tort à l’économie du pays.

    Le système bancaire algérien n’est pas équipé ni outillé pour faire face à la surfacturation ou fuite des capitaux. Ce sont les services des douanes algériennes qui doivent renforcer leur contrôle et surveiller les factures et veiller à l’adéquation des prix présentés par les importateurs individuels des voitures de moins de 3 ans avec les prix affichés sur le marché des véhicules d’occasion en Europe.

    Un contrôle régulier et rationnel qui semble difficile à mettre en place au regard du fonctionnement actuel de nos services des douanes noyés dans les pratiques occultes du favoritisme et de la bureaucratie crasseuse favorisant la corruption. En vérité, il aurait fallu autoriser l’importation des voitures de moins de 5 ans, voire jusqu’à moins de 10 ans, des voitures à des prix nettement plus abordables pour les consommateurs algériens au pouvoir d’achat limité, afin de limiter au grand maximum la facture salée des des devises et exiger uniquement des contrôles techniques réguliers dans le but d’empêcher l’introduction en Algérie de « véhicules poubelles ». De cette manière, la lutte contre la surfacturation sera plus efficace et à la portée de nos services des douanes.