La dissolution de RAJ : dernier acte de la mise au pas de l’opposition algérienne

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epa07615760 Algerians protesters carry the Algerian flags and shout slogans during a demonstration for the departure of the Algerian regime in Algiers, Algeria, 31 May 2019. according to the local media reports, Algerian Ministry of Interior reported that 73 potential candidates have asked forms to collect the required signatures to run the next presidential election scheduled for 4 July 2019. EPA/STR (MaxPPP TagID: epalivefour093899.jpg) [Photo via MaxPPP]

C’est définitivement acté. Le régime algérien ne tolère plus la moindre opposition et ce mercredi 13 octobre, il a signifié clairement ses intentions d’en finir une fois pour toute avec toute organisation qui aurait l’intention de militer dans le cadre de l’opposition vis-à-vis du pouvoir aux commandes du pays. C’est une véritable mise au pas de l’opposition algérienne. En effet, le tribunal administratif d’Alger a prononcé mercredi 13 octobre la dissolution du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), une ONG qui avait été aux premiers rangs du mouvement pro-démocratie Hirak, et l’un des rares mouvements structurés qui accueillaient des opposants mobilisés contre le régime algérien. 

C’est la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) qui a confirmé officiellement cette information. «Le tribunal administratif prononce la dissolution de RAJ. C’est scandaleux», a déploré auprès de l’AFP Saïd Salhi, vice-président de la LADDH.

«Halte aux attaques contre les acquis démocratiques du peuple algérien, payés au prix du sacrifice ultime», a ajouté Saïd Salhi, qui a exprimé la «solidarité» de la LADDH avec les militants de RAJ. Cette décision fait suite à une requête du ministère de l’Intérieur réclamant la dissolution de RAJ, qui existe depuis 28 ans. Il lui était reproché «d’agir en violation de la loi sur les associations et en contradiction avec les objectifs énumérés dans les statuts».

Dans un communiqué publié fin septembre, RAJ avait rejeté ces accusations «basées essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le Hirak». L’ONG avait au contraire qualifié ses diverses actions de «compatibles» avec «son mandat d’association œuvrant à la promotion de l’implication des jeunes dans la gestion de la cité».

Plusieurs membres de RAJ, notamment son président Abdelouahab Fersaoui, âgé de 39 ans, ont fait l’objet de poursuites judiciaires et jusqu’à neuf d’entre eux ont été incarcérés. Condamné à un an de prison pour «atteinte à l’intégrité du territoire national», Abdelouahab Fersaoui a purgé six mois de prison entre fin 2019 et mai 2020, qui ont correspondu à la peine prononcée en appel. La LADDH «appelle au respect du droit et des libertés d’association et d’organisation, pierre angulaire de toute démocratie», a souligné Saïd Salhi.

Pour rappel, la loi algérienne encadrant le travail des associations, promulguée en 2012, soumet leur création à la délivrance préalable d’un agrément par les autorités. Cette loi avait été approuvée dans le cadre de réformes politiques du président Abdelaziz Bouteflika, récemment décédé, pour couper court à toute contagion du Printemps arabe en 2011. L’opposition et les militants des droits de l’Homme avaient alors dénoncé un texte renforçant, selon eux, l’hégémonie étatique sur la société civile.

Or, le régime algérien utilise cette loi pour imposer un contrôle total de la société civile afin d’interdire toute velléité de se lancer dans l’opposition contre son agenda ou ses pratiques de gouvernance. En parallèle, le pouvoir algérien poursuit ses incarcérations quotidiennes des militants et activistes pacifiques. La dernière en date concerne le célèbre ancien policier Zahir Moulaoui.  Arrêté, le 5 octobre dernier à Béjaïa, avec un groupe d’activistes, l’ex policier et activiste du Hirak Zahir Moulaoui a été placé ce mardi 12 octobre sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du tribunal Sidi M’hamed.

Son arrestation est intervenue alors qu’il se préparait à participer à une marche pour commémorer le 33e anniversaire des évènements d’octobre 1988. Après six jours de garde à vue au commissariat central de la ville de Bejaia, Zahir Moulaoui a ensuite été transféré à Alger pour être présenté devant le procureur du tribunal Sidi M’hamed d’Alger.

Quotidiennement, des militants sont interpellés et placés en garde-à-vue en attendant leur déferrement devant le parquet d’un tribunal algérien qui décide, ensuite, de les incarcérer. La répression en Algérie est quasi-quotidienne et elle ne s’arrête plus depuis le printemps 2021. C’est dire que l’Algérie a basculé officiellement dans un totalitarisme qui s’assume ouvertement au mépris de toutes les lois internationales qui garantissent la protection des Droits de l’Homme et les Libertés civiles ou publiques.

 

 

3 COMMENTS

  1. Ce qui est bien avec ce régime, c’est qu’il assume clairement son caractère dictatorial contre les 45 millions d’Algériens. Il y a quelques années il pensait meme que son poulain boutesrika allait obtenir le prix nobel de la paix comme le géant Mandéla! Aujourd’hui ses modèles sont la junte du Mali et même pour le Sissi ou Erdogan cette junte est devenue un boulet infréquentable !