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La dévaluation du dinar pour augmenter les recettes du pays : comment cette technique a échoué en Algérie entre 2014 et 2016

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Depuis 2020, les autorités algériennes ont dévalué sciemment le dinar algérien dans l’espoir d’augmenter les recettes budgétaires qui entrent dans les caisses du Trésor Public lorsqu’elles vont convertir les recettes des exportations en devises provenant des ventes des hydrocarbures à l’étranger. Cette dévaluation que le régime algérien appelle pudiquement dépréciation a produit un effet désastreux sur le pouvoir d’achat des Algériennes et Algériens depuis 2020 jusqu’à aujourd’hui en 2021.

Pis encore, elle a déséquilibré l’économie nationale et aggravé la détérioration des indicateurs financiers du pays parce que l’Algérie entièrement dépendante des importations pour fonctionner et se nourrir a subi ensuite une forte inflation et la rupture de confiance avec les consommateurs qui ont retiré leur argent des banques pour répondre à leurs besoins sans cesse croissants en liquidités bancaires provoquant ainsi une inédite crise de liquidités sur le territoire national. Une crise de liquidités aggravée par une panne économique nationale faute de relance sérieuse. La dévaluation du dinar n’a donc apporté aucune solution de stabilité pour le pays.

Mais le régime algérien le savait dés le départ que le résultat sera décevant, pour ne pas dire dangereux et catastrophique. Pourquoi ? Parce que cette option de la dévaluation du dinar algérien a été déjà testée sans aucun succès entre 2014 et 2016 lors du choc pétrolier au cours duquel les prix du baril de pétrole ont chuté à plus de 70 % en deux ans en mettant un terme à une période de prix historiquement élevés débutée en 2003. Entre novembre 2014 et janvier 2016, les prix du pétrole qui s’établissaient à une moyenne de 100 $ le baril recule de plus de 60%, atteignant en janvier 2016, leur plus bas niveau depuis de nombreuses années, 27 $.

Pour faire face à ce choc pétrolier, le régime algérien va procéder à  l’accroissement des recettes budgétaires d’hydrocarbures en dinars à travers la dépréciation du taux de change de la monnaie nationale. Cette option a été utilisé en tant que levier d’ajustement des ressources budgétaires. Mais les décideurs algériens étaient conscients qu’il s’agit d' »un moyen d’ajustement partiel et artificiel des recettes du Trésor », comme le disait ouvertement l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie de 2016 à 2019 et ancien ministre des Finances du 31 mars 2019 au 4 janvier 2020, Mohamed Loukal.

Ainsi, cette approche s’est concrétisée durant la période allant de juin 2014 à juin 2016, avec une dépréciation de 28% du taux de change du Dinar algérien par rapport au Dollar américain. Il s’agit donc d’un dévaluation décidée et appliquée par les autorités algériennes. Mais elle n’avait obtenu aucun effet positif parce qu’elle « n’a pas été appuyée par un programme global d’ajustement, « ce qui a fortement altéré sa pertinence économique », a reconnu plus tard en 2019 Mohamed Loukal.

La manipulation de la valeur du  dinar algérien a été un échec pour l’équilibre financier du pays pour la simple raison que la dépendance structurelle de l’économie algérienne à l’égard des importations » a compromis définitivement le bénéfice de cette éventuelle « manœuvre financière « . En clair, l’Algérie ne gagne rien à baisser ou déprécier la valeur de sa monnaie puisqu’elle ne produit quasiment rien d’essentiel et en dépendant de l’étranger pour ses importations, elle se met en grande difficulté à cause d’une monnaie faible et instable puisque la facture des importations sera salée.

« En tout état de cause, la politique de change ne peut être guidée par le seul objectif budgétaire mais elle devrait accompagner le processus de réformes structurelles et de stabilisation macro-économique », avait également analysé à ce propos Mohamed Loukal en 2019 lorsqu’il était le premier argentier du pays. Dans une déclaration officielle à l’APS, l’ex-ministre des Finances avait reconnu aussi que le réel challenge de l’économie algérienne aujourd’hui est l’amélioration de la productivité et de la création de la valeur ajoutée.

Malgré ce diagnostic sincère et objectif, les autorités algériennes ont reproduit la même en 2020 et 2021. Cela signifie que le système Tebboune est encore plus incompétent et inconscient que l’ancien Système Bouteflika. Economiquement et financièrement, l’Algérie est condamnée à vivre des moments très difficiles dans les mois, voire années à venir.

 

7 COMMENTS

  1. La planche à billets à forte dose, c’est terrible !
    Le dinar perd de sa valeur, augmentation des prix, manifestations pour le pouvoir d’achat, augmentation des salaires, manque de liquidités, planche à billets ! C’est un cercle vicieux !
    Étant donné que l’Algérie exporte pas ou peu de produits manufacturiers, il vaut mieux un endettement extérieur et une refondation de son économie !

  2. Un endettement extérieur? c’est la guerre civil mon cher ami
    Le FMI , La Banque Mondial , ou la Berd ne veulent que cela…que l’Algérie retourne sur le marché mondial du crédit
    Mais les conditions sont claires : la fin des subventions ( même progressives), la fermeture des société d’état non rentables , la privatisation des société d’états rentables ( l’état n’a pas à gérer le téléphone, le gaz ou l’eau par exemple)
    Des centaines de milliers de licenciements , l’appauvrissement de la classe moyenne et l’augmentation de la pauvreté
    Passer d’une économie administrée à une économie de marché coutera la paix sociale…les algériens n’accepteront pas de payer plus cher leurs eau, électricité , gaz, essence, transport, nourriture, etc…
    Y’a-t-il un pays au monde ou le prix du le pain de l’huile du lait est aussi bas?
    Ou le prix de l’énergie est vendu moins cher que le prix du marché ( eau, gaz, essence KWH, etc)?

  3. Ceux qui détiennent le pouvoir par la violence et la ruse ne carburent qu’aux mensonges. Ils pactisent avec le diable pour asservir leur peuple. Ce qui est dommage, c’est qu’ils continuent de duper le peuple en le divisant pour continuer de régner. Le jour ou le peuple comprendra que nos richesses sont nos différences et qu’il suffit d’adhérer tous à un petit dénominateur commun qu’est « le vivre ensemble » dans un système régit par des règles de droit pour tous, ce jour là, la peur changera de camp et les usurpateurs fuiront par lâcheté mais tomberont sur la colère du Peuple qui leur fera rendre gorge ! Courage ! N’ayez pas peur de grossir les rangs du Hirak, même différents, on trouvera à s’entendre sur l’essentiel !

  4. Zakaria 75 : Vous avez bien exposé la situation ! L’économie basée sur la rente est à bout ! Etant donné que le pouvoir est incapable de changer de politique ! A mon avis, La seule solution, c’est le FMI, c’est dur pour la population ! Mais, c’est la conséquence, de décennies d’insouciance !
    Le Royaume-Uni sous Thatcher a connu des années difficiles ! Il s’en est sorti !
    Il faut penser à l’avenir, la démographie du pays va augmentée, la demande de pétrole va baisser,
    Le gaz va être pour une bonne part être utilisé par la population !
    Il faut donc créer des richesses et des emplois dans le privé !

  5. Moi je me souviens qu’il y a peu, l’Algérie donnait sans compter au FMI.
    Boutef , en bon harki nous faisait du open bar.
    Donc, normalement, on risque rien, il vont se rappeler à notre bon souvenir et nous tirer du mauvais trip dans lequel nous nous trouvons.
    Pas vrai les cachiristes?

  6. Pourquoi se référer au FMI? Nous n’avons pas besoin de cet organisme puisque c’est la Chine qui pilote notre économie? Nous lui devons déjà 3 milliards de dollars dont on n’entend plus parler d’ailleurs.

    Ce pays est à la base de toutes les grandes infrastructures que nous entreprenons de construire ou qui ont été construites, ports, exploitation de mine de phosphate, même mosquée, autoroute, habitat,… sans appel d’offre internationale et sans qu’il y est eu un plan d’aménagement au niveau national discuté et validé par les représentants du Peuple. Cela va sans dire car il permet toutes les magouilles possibles et inimaginables.

    Au surplus, la Chine est le premier fournisseur de notre pays et couvre ainsi à elle seule plus de 18,8% des importations algériennes soit 3,5 milliards de dollars d’importations durant les cinq premiers mois de l’année 2019. Et le marché algérien s’ouvre de plus en plus à ce pays. Ce qui a pour conséquence que des produits chinois qui pouvaient être fabriqués en Algérie ne le sont pas. Et que d’autres qui étaient produits ne le sont plus car trop chers.

    Elle nous tient tellement bien (comme d’autres pays africains) qu’aucune protestation émanant du gouvernement algérien n’a été émise au sujet du sort des Ouïgours. Alors qu’un article dans un canard français ou à la télévision française relatif au hirak et sur le mal être de la jeunesse algérienne, entraîne le rappel de l’ambassadeur! Ainsi que des tweets outragés des patriotes de service. Cette classe dirigeante, héritière d’hommes et de femmes ayant engagé leur existence pour un idéal de liberté et de dignité, prouve par là, la décadence morale dans laquelle notre pays a sombré.

    Décadence morale qui s’accompagne d’un fiasco économique. Tant que les estomacs se remplissent avec les miettes que laissent ce pouvoir corrompu mais surtout composé d’incapables, la majorité du troupeau va continuer à avaler les discours qui les bercent dans l’illusion que nous sommes les plus forts, les plus intelligents. Mais quand il n’y aura plus rien à se mettre dans l’estomac, il se peut qu’enfin, le cerveau commence à fonctionner.

    Mais oui Zakaria75 vous avez raison quand vous affirmez que passer d’une économie administrée à une économie de marché coûtera la paix sociale… Mais là, où vous trompez lourdement, c’est quand vous sous-entendez que les algériens n’accepteront pas de payer plus cher leurs eau, électricité , gaz, essence, transport, nourriture, etc… Ils y seront bien obligé d’accepter par la réalité de la situation économique. Quand votre portefeuille est vide ? Quand vous chercher un travail introuvable? Quand on ne peut plus acheter une pomme de terre? Que faites-vous?

    Alors que des économistes internationaux et algériens fustigeaient la politique économique de Bouteflika et de sa bande qui distribuaient au peuple les miettes de la manne du pétrole afin que celui-ci se taise, ils étaient taxés d’ennemis, de revanchards de l’Algérie française. Relisez la presse de cette époque. Et pourtant, en s’appuyant sur un baril à 120$ nous étions crédibles pour mettre en place une politique économique nouvelle débouchant sur l’industrialisation de l’Algérie.

    D’autant que l’Europe nous ouvrait ses portes pour son marché intérieur et ses capitaux. Et qu’avons-nous fait? Allez, tout le monde le sait bien, les militaires, sous des prête-noms, ont créé les fameuses entreprises d’import-imports, l’idéologie dominante imposait le système du 49/51 %, personne n’osait remettre en cause les sociétés nationales non rentables (clientèle électorale), la bureaucratie et la corruption ont fait le reste. On n’a même pas osé rediscuter certains avenants de l’Accord qui nous pénalisait. Alors qu’à la même époque l’Europe délocalisait des industries, investissait dans des usines en Chine qui devenait un des partenaires commercial de l’U.E.!

    La dévaluation du dinar pour augmenter les recettes du pays… ! Et on continue de creuser… creuser… creuser !

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