Jeux Méditerranéens d’Oran : plus de 700 millions de dollars pour… un immense gâchis

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Un immense Gâchis. Et ces mots ne sont pas suffisamment forts pour décrire l’amère réalité qui prévaut en ce moment à Oran, deuxième ville du pays, qui se voulait être la prochaine vitrine du pays à l’occasion des Jeux Méditerranéens prévus du 25 juin au 5 juillet 2022. Plus de 700 millions de dollars ont été débloqués pour permettre l’embellissement de la ville d’Oran et la construction de nombreuses infrastructures sportives devant élever la deuxième ville du pays aux villes internationales les mieux équipées et les plus accueillantes pour les touristes. Malheureusement, ce rêve qui est né depuis 2007 est en train de… tourner au cauchemar. 

Et pour cause, les chantiers traînent  et presqu’aucune infrastructure sportive ou aéroportuaire n’est encore prête pour être inaugurée et permettre à Oran d’abriter le plus prestigieux rendez-vous sportif  du bassin méditerranéen. Oui, absolument rien n’est encore prêt pour rendre possible l’organisation de ces Jeux Méditerranéens en été 2022. A moins de 7 mois des épreuves de cette prestigieuse compétition devant réunir les athlètes de 25 disciplines de plus de 26 pays, Oran ne dispose ni d’un nouvel aéroport  digne de ce nom ni d’un complexe sportif olympique achevé et prêt à accueillir des épreuves sportives.

Et pourtant, pour les besoins de ces Jeux Méditerranées, près de trente neuf projets ont été façonnés par les autorités algériennes  depuis… 2007. Et ces projets ont consommé un budget global de 644 millions de dollars. Jusqu’à cette 2021, plus de 700 millions de dollars ont été débloqués pour l’organisation des Jeux méditerranéens d’Oran 2021, a pu confirmer Algérie Part auprès de plusieurs sources gouvernementales. Tout cet argent représente une somme considérable, colossale par rapport à d’autres pays méditerranéens qui ont dépensé beaucoup moins pour organiser cette compétition olympique. A titre d’exemple, la Turquie en 2013, a consacré à peine 500 millions de dollars pour organiser de grandioses Jeux Méditerranéens à Mersin. L’Algérie avec une enveloppe budgétaire nettement supérieure, peine encore à achever de simples constructions pour accueillir ses hôtes.

Au départ, le rêve était possible et Salim Iles, le DG du Comité d’Organisation des Jeux Méditerranéens (COJM) affichait son optimisme et ses ambitions. L’ancien champion de natation ne cessait pas de s’enorgueillir  que 350 millions USD ont été affectés à la réalisation et à la réhabilitation d’infrastructures. Concernant l’impact de ces Jeux, le même interlocuteur espérait que ce sera « une opportunité pour acquérir l’expérience requise en vue de postuler à l’organisation de manifestations sportives plus importantes à l’avenir ».

Aujourd’hui, en 2021, à 7 mois du coup d’envoi de ces Jeux Méditerranéens, ce rêve est devenu un souvenir lointain. Le 5 septembre dernier, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Abderezak Sebgag avait confié lui-même  « des appréhensions » quant à éventuel retard dans la livraison des infrastructures sportives devant abriter les jeux de méditerranéens de 2022 à Oran (du 25 juin au 5 juillet).  Le Gouvernement algérien s’était, pourtant, engagé pour accorder grande priorité à cet événement méditerranéen.

« Honnêtement, j’ai des appréhensions quant à un éventuel retard dans l’achèvement de la réalisation des infrastructures sportives dédiées aux jeux méditerranéens et à leur livraison dans les délais fixés et ce, en raison du temps serré avec l’approche du rendez-vous des jeux », avait indiqué à l’époque le même ministre algérien.

Ce dernier avait, tout de même, tenté de rassurer les Algériennes et les Algériens ainsi que les partenaires méditerranéens du pays en leur assurant qu’il n’est « pas question d’un retrait de l’organisation des jeux, car si nous accélérons la cadence des travaux, nous serons prêts », avait-t-il promis  avant d’ajouter que « globalement, les infrastructures connaissent un avancement dans le taux des travaux au niveau du complexe olympique d’Oran. La problématique demeure au niveau du centre nautique qui est en retard, en raison d’obstacles d’ordre technique avec une société italienne et d’autres d’ordre financier avec la société réalisatrice chinoise ».

Les promesses du ministre algérien des Sports sont pour le moment des illusions car le nouveau complexe sportif olympique de la ville d’Oran devrait être livré avec la totalité de ses infrastructures en décembre prochain, soit six mois avant le rendez-vous d’Oran. Nous sommes à la fin du mois de novembre et il reste encore au moins 25 % des travaux qui n’ont pas été achevés au niveau de ce complexe sportif olympique, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations.

Il reste encore la salle omnisport (6.000 places) et du centre nautique comprenant trois piscines, dont deux olympiques sans oublier le nouvel aéroport d’Oran dont les travaux entamés en 2012 durent encore jusqu’à aujourd’hui accumulant des retards monstrueux, des surcoûts onéreux et personne ne sait encore si un jour cet édifice sera réceptionné au cours de l’année 2022. Le camouflet pour l’Algérie est humiliant. Et pour cause, Davide Tizzano, président du nouveau Comité international des Jeux méditerranéens (CIJM) prévoit de mener une visite d’inspection à Oran le 10 décembre. Dans un communiqué rendu public le 25 novembre dernier, il a expliqué tous les tenants et aboutissants des blocages ou problèmes rencontrés en Algérie : « Nous respectons le peuple algérien et ses efforts, nous respectons le gouvernement du pays pour les grandes dépenses qui ont été faites pour la construction des projets, mais nous devons préserver le prestige des Jeux méditerranéens. Nous voulons tous que les Jeux aient lieu à Oran, nous aiderons par tous les moyens à les organiser, mais nous ne pouvons pas mettre en danger le plus grand événement sportif de la Méditerranée ». Tout est dit ! L’Etat algérien en semble clairement pas capable de tenir son engagement et Oran risque d’être sanctionnée pour tous ses retards et l’organisation des Jeux Méditerranéens pourrait lui être retirée si les mêmes dysfonctionnements persistent encore et toujours.