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Enquête. Sucre, pain et pâtisseries : comment le faible pouvoir d’achat des Algériens a totalement modifié leur régime alimentaire

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L’effondrement successif du pouvoir d’achat des consommateurs produits des impacts directs sur le régime alimentaire adopté par une société. L’Algérie illustre parfaitement l’exactitude de ce postulat. Enquête. 

Ces dernières années, de nombreux ménages algériens ont dû faire face à un faible pouvoir d’achat, par conséquent la consommation en plats traditionnels à base de céréales, légumes secs, légumes frais, viande ovine et poissons cuisinés à l’huile d’olive, a diminué en faveur d’un régime trop riche en pain blanc, en sucre (pâtisseries et boissons sucrées) et en huile.

Les produits de première nécessité (sucre, huile de graines, baguette, semoule et lait pasteurisé en sachets) sont maintenus par le gouvernement à des prix très bas, leur consommation restant ainsi très élevée. Pour faire face à la demande croissante sur ces produits alimentaires, le secteur agroalimentaire algérien a tenté d’évoluer rapidement et se développer en maîtrisant les process, la traçabilité, le conditionnement, les normes internationales et les procédures bancaires et fiscales.

Plusieurs études scientifiques ont démontré que l’Algérie fait face à une forte demande de produits sans gluten, à haute teneur en fibres et en graisses trans, de la consommation croissante d’aliments prêts à manger, du profil nutritionnel et sain. A ce propos, une récente étude de 6W Research, un cabinet prestigieux d’études international,  tous ces facteurs devraient favoriser la demande de produits de boulangerie dans les prochaines années en Algérie. Par ailleurs, le Covid-19 devrait augmenter cette demande car l’Algérie est l’un des plus grands importateurs de céréales dans le monde et le gouvernement algérien ne cesse de prendre des mesures exceptionnelles pour permettre ainsi aux ménages algériens de bénéficier de denrées alimentaires de base à des prix abordables.

Dans ces conditions, le nombre de boulangeries et de pâtisseries augmente chaque année en Algérie. Si la Chambre Algérienne de Commerce et d’Industrie (CACI) recense dans le pays : 71 biscuiteries, 66 chocolateries, 51 confiseries et 26 pâtisseries,  le secteur d’équipements de boulangeries est en croissance constante avec une augmentation des importations de fours boulangers de 242% entre 2013 et 2018, et des importations de machines pour la boulangerie-pâtisserie en hausse de 81%. Des ventes records rarement égalées dans de nombreux autres pays à travers le monde.

Et si les ventes de pain connaissent une croissance faible (10%) entre 2016 et 2021, d’après les chiffres officiels des instances étatiques algériennes comme la CACI, les pâtisseries et gâteaux (emballés ou artisanaux) connaissent, en revanche, une forte croissance (+ 37% pour les pâtisseries emballées / 33% pour les non emballées) ouvrant ainsi des opportunités de production, de conditionnement et d’emballage.

Le grand succès des boulangeries en Algérie s’explique surtout par l’importance que revêt le pain dans la vie des Algériens. Effectivement,  en Algérie, le pain est l’aliment de base. Il est considéré comme un aliment pratiquement complet. Les algériens sont les plus grands consommateurs de pain, soit environ 1 milliard de pains par mois. Classée parmi les 5 plus importateurs mondiaux de blé dur, l’Algérie est également le 7ème importateur mondial de tous types de blé, l’Algérie consomme beaucoup de céréales.

Selon la FAO, les Algériens achètent et consomment en moyenne plus de 49 millions de baguettes boulangères par jour. La consommation moyenne s’élève à 110 kg /an/ habitant.
La production atteint 70 millions de baguette par jour. Les ménages algériens optent pour le pain blanc plutôt que pour du pain à grains entiers. Il existe plusieurs sortes de pain en Algérie :

– à la française (baguette blanche),
– pains italiens,
– pains orientaux (non levés),
– pain tunisien ou pain américain,
– pain de mie,
– pain à hamburger,
– pains locaux des boulangeries traditionnelles,
– pains de semoule ou de farine,
– pains complets,
– pains au son,
– pain de campagne,
– pain d’orge,
– pain de blé,
– pains noirs,
– pains aux olives,
– pains aux graines de sésame,
– galettes cuites sur le feu, levées ou non,
– matlou3 et kesra,
– au four comme khobz eddar.

En Algérie, 21.000 boulangers-pâtissiers et 100.000 revendeurs de pain sont recensés.
Les algériens achètent leur pain chez les artisans boulangers. Ils restent fidèles à leurs commerces de proximité. C’est ce qui explique pourquoi le secteur de la boulangerie industrielle est peu développé dans notre pays.  Certains boulangers ou agro-industriels ont tenté de se lancer dans la fabrication de pain surgelé, semi cuit ou de nouvelles variétés de pains ou produits panifiés (pâte à bourek, feuilles de diouls, pâte à pizza, pain pour hamburger, paninis).

Le secteur de la boulangerie est marqué par des acteurs nationaux. Seules quelques marques turques opérant dans le secteur des gâteaux et des pâtisseries emballés sont présentes dans ce secteur. La première boulangerie industrielle a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre le groupe Benamor et l’équipementier français Mecatherm en 2013. Mais la chute brutale des propriétaires du groupe Benamo à la suite du Hirak du 22 février 2019 a compromis définitivement ce projet puisque le groupe Benamor est confié depuis le deuxième semestre 2020 à un administrateur désigné par les autorités judiciaires. Ce groupe privé tourne au ralenti et tous ses principaux projets ont été bloqués par les autorités algériennes.

Il est à noter, par ailleurs, que le pain algérien a des caractéristiques qui lui sont entièrement propres.  Les algériens ont des attentes de qualité et exigeant une grande proportion de croûte croustillante et feuilletée, une mie moelleuse et succulente et une saveur caractéristique. En Algérie, le pain est plus léger que le produit français original et a un volume plus important. Le poids par baguette est d’environ 250 grammes (350 g en France). L’aspect est également différent. Les boulangers algériens ne sont pas aussi précis dans l’incision des portions de pâte fermentée que les français. La direction des coupes n’est pas toujours uniforme et souvent le motif est aléatoire.

En 2017, en Algérie, les détaillants en alimentation (boulangeries et pâtisseries) représentaient 15.000 points de vente et constituaient la majeure partie de la distribution des produits de boulangerie, soit 71% du pain frais quotidien non emballé. Les 150.000 petites épiceries indépendantes représentent 13% car selon les consommateurs, le pain plat est moins frais. Les supermarchés et les hypermarchés représentent 13% dû à la forte croissance des produits de boulangerie industrielle conditionnés vendus.

Cette énorme consommation du pain et des produits de boulangeries traduit en Algérie un changement des habitudes alimentaires en raison de la faiblesse chronique du pouvoir d’achat et des effets désastreux de la crise financière sur les consommateurs algériens.  « Une baisse du pouvoir d’achat se reflète généralement dans une augmentation de la part relative des vivres caloriques (céréales, tubercules, manioc, etc.), qui remplacent les aliments riches en protéines (viande, soja, haricots, volaille, poisson, etc.) », souligne à juste titre à ce propos la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture est une organisation spécialisée du système des Nations unies.

Dans un rapport détaillé sur « les consommateurs, qui se trouvent en insécurité alimentaire adoptent des stratégies de survie », la FAO explique aussi que « des changements entre les composantes de chaque groupe de produits interviennent: entre les différentes catégories de céréales, de viande, de poisson, de légumes, etc.; les céréales les plus chères sont remplacées par d’autres moins coûteuses; la viande de première qualité par les abats, le riz de première qualité par les brisures, les carottes par les feuilles de manioc, etc ».

Les consommateurs algériens s’inscrivent parfaitement dans cette stratégie. C’est ce qui explique leur désaffection pour les produits les plus onéreux comme les viandes, les légumes ou fruits pour se concentrer sur les pâtes alimentaires, le pain et les céréales. La réduction du pouvoir d’achat indique clairement une diminution de la diversité du régime alimentaire avec  une concentration sur la quantité, c’est-à-dire une consommation d’énergie en suffisance et une diminution de la consommation de protéines et de micro-éléments. C’est une situation qui peut être sérieusement préjudiciable pour la sécurité alimentaire des Algériennes et Algériens.

2 COMMENTS

  1. Les Algériens, tous, petits et grands, homme et femmes, connaissent la cause de leurs conditions de vie peu enviable. Le niveau de vie et le pouvoir d’achat des algériens est dû principalement à l’occupation de la Palestine. Si la Palestine n’a pas été occupée l’Algérie serait aujourd’hui devenue la Suisse, aumoins la Corée du Sud et le Japon réunis. Mais, Quand ghaza sera libéré, dans dix mille ans, le pouvoir d’achat des Algériens s’envolera et leur horizon s’éclaircira comme par magie. C’est cette espoir qui aide à tenir.
    Les algériens vivent mal par solidarité avec leurs frères du moyen orient.
    Ps. Si c’est ça peut nous aider à tenir encore plus longtemps sachons qu’à ghaza il nya pas de pénurie d’ huile et le lait, de meilleur qualité, est disponible 7j/7, 24h/24. Et les enfants du Hamas et du fatah roulent en grosses cylindrées et font leurs études dans les plus prestigieuses écoles et universités d’Europe et de l’Amérique du Nord…pendant que les petits algériens se contentent de alifoun, ba’oun de l’école de bachir al Ibrahim et fils,… et du lait en sachet deux fois par semaine…
    One-two three etcetera

  2. Le pain banc est une absurdité nutritionnelle. C’est une calorie morte. Du glucide. Il faut manger du pain complet bio de préférence.

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