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Enquête. Les véritables raisons de l’instabilité des prix de la pomme de terre en Algérie

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La pomme de terre algérienne est certainement le produit alimentaire aux prix les plus instables au niveau des marchés. Si aujourd’hui, le prix moyen du KG tourne autour des 80 Da, demain, il peut atteindre les 100 Da pour monter encore jusqu’à 120 voire 130 Da comme ce fut le cas lors du 5e jour du Ramadan. Ensuite, ces prix vont redescendre jusqu’à 50 Da avant de remonter une nouvelle fois. Les prix de la pomme de terre jouent au yoyo régulièrement en Algérie au grand dam des consommateurs les plus modestes qui font les frais de cette instabilité chronique. Mais à qui la faute ? Enquête.

Pour calmer la colère populaire à la suite de l’explosion des prix de la pomme de terre, le gouvernement a algérien a procédé depuis le 18 avril dernier à la mise sur le marché de 500 tonnes de pommes de terre au niveau du point de vente de Bab El Oued (Alger) relevant du Groupe de valorisation des produits agricoles GVAPRO. Le directeur général de l’Office national interprofessionnel des légumes et des viandes (ONILEV), Mohamed Kharroubi, avait précisé à cette occasion que ces opérations permettront de vendre la pomme de terre directement aux citoyens entre 40 et 50 DA/Kg et de mettre ainsi un terme à la flambée des prix coïncidant avec le début du Ramadhan.

Une hausse qu’il a imputée aux mauvaises conditions météorologiques qui ont entravé les récoltes et au monopole exercé sur la pomme de terre. En effet, a-t-il expliqué, les intempéries enregistrées dans certaines régions productrices de pomme de terre comme Mostaganem, Skikda, Annaba et El Tarf ont retardé les récoltes.

Pour stabiliser les prix, les autorités algériennes ont introduit sur les marchés des quantités de pomme de terre déstockées à travers les points de vente directe (plus de 500) relevant du ministère de l’Agriculture et répartis sur l’ensemble du territoire national (des marchés de proximité créés à l’occasion du Ramadhan) ainsi qu’à travers les marchés de gros et de détail. Il s’agit de la quatrième opération du genre depuis le début du mois d’avril, avait expliqué le gouvernement algérien.

Mais les aléas climatiques sont-ils réellement les seuls responsables de la cherté de la pomme de terre en Algérie ? Non, pas vraiment. C’est la production de la pomme de terre qui cause problème. C’est surtout le mode de production de la pomme de terre et le fonctionnement de cette filière agricole. Explications.

Selon les chiffres officiels du ministère de l’Agriculture datant de 2019, la production de la pomme de terre en Algérie avoisine annuellement les 50 millions de quintaux (Mq), pour une valeur financière de près de 250 millions de dinars. Avec ce niveau de production et des rendements oscillant entre 200 et 250 q/ha, la production de la pomme de terre a quasiment quadruplé depuis le lancement des premiers plans de soutien à l’agriculture au début des années 2000.

Par type de culture, la production de saison est prédominante avec une moyenne de plus de 27 Mq/an, suivie de la production d’arrière-saison, dite aussi période de soudure, avec un volume annuel de 20 Mq et, enfin, la primeur avec moins de 3 Mq/an. La répartition de la production par zone géographique donne en tête la wilaya d’El Oued avec un volume annuel qui dépasse les 12 Mq, suivie de la wilaya d’Ain-Defla avec près de 7 Mq et Mostaganem avec plus de 4 Mq annuels.

Officiellement, les autorités algériennes se targuent d’un bilan positif dans la filière de la pomme de terre qui est considérée comme l’une des rares filières agricoles algérienne à enregistrer des résultats probants au niveau de la production. La production de la pomme de terre algérienne serait donc excellente et le pays n’a pas recouru aux importations depuis 2006-2007.

Mais pourquoi les prix sont donc instables et augmentent régulièrement au détriment du pouvoir d’achat des consommateurs ? Les autorités algériennes pointent du doigt de carences importantes en aval et ce, malgré des rendements qui laissent apparaître parfois des situations de surproduction. Ce sont les  mécanismes de régulation adaptés qui manquent cruellement en Algérie et l’absence d’une chaîne de commercialisation permettant d’assurer l’équilibre du marché.

Les prix de la pomme de terre sur le marché sont soumis à des fluctuations aiguës, contraignant parfois les producteurs à céder leurs productions à perte. C’est pour cette raison que les prix de la pomme de terre peuvent passer de presque 100 dinars/kg à moins de 30 dinars/kg en l’espace quelques semaines ou mois. Faute de moyens logistiques pour le stockage des surplus de production, les producteurs sont contraints d’écouler la totalité de leur récolte, parfois au détriment de leurs intérêts.

Mais ce n’est pas le seul problème qui explique cette instabilité des prix. En réalité, malgré le satisfecit des autorités algériennes, la pomme de terre en Algérie demeure faiblement produite ! Certes,  la pomme de terre est devenue la deuxième culture en termes de surfaces agricoles en Algérie, après les céréales. Cependant, les rendements sont restés généralement entre 150 et 260 q/ha, selon le service des statistiques de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour une moyenne mondiale de l’ordre de 400 q/ha.

En vérité, l’Algérie a réussi à multiplier les surfaces agricoles consacrées à la pomme de terre, en dépassant actuellement les 100 000 ha, mais elle n’a pas pu se doter d’une production performante. Aucun indicateur sur le terrain ne permet de croire à une amélioration dans la maîtrise des processus de production, gestion de la fertilité des sols, lutte contre le mildiou, choix de semences adaptées. Il faut savoir à ce propos que l’Afrique du Sud, avec un climat similaire, produit le double sur à peine la moitié de la surface.

De l’avis de plusieurs agronomes algériens, la filière de la pomme de terre est encore difficilement rentable faute de données réelles et précises. En gros, en Algérie, one ne sait toujours ce que l’on a produit, en quantité et en qualité, où, quand et par qui. Le monde agricole algérien est plongé dans l’informel. L’opacité qui entoure les chiffres rend difficile l’application des plans de développement des filières agricoles. Il est à souligner enfin qu’en Algérie que la plupart des producteurs de pomme de terre  ne sont pas propriétaires.

Ils travaillent dans un cadre d’instabilité qui les amène à être des agriculteurs itinérants et intermittents parfois insaisissables. La précarité de leur statut en fait des interlocuteurs difficiles à identifier. Et la production nationale en pâtit régulièrement. C’est ce qui explique en dernier lieu l’instabilité des prix qui se répercute par des augmentations vertigineuses sur les marchés algériens.

 

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