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Enquête. Les aliments pour bétail, l’autre cause qui explique les prix inaccessibles des viandes en Algérie

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C’est une réalité qui n’a jamais suffisamment bien expliquée et racontée aux Algériennes et Algériens. Les prix de toutes les viandes connaissent régulièrement, et notamment depuis le début de cette année 2021, des hausses significatives sur les marchés de détails en Algérie à cause de la cherté des aliments pour bétail à l’instar du maïs et des tourteaux de soja, intrants essentiels. Enquête.

Les prix des viandes en Algérie sont impactés par les fluctuations des matières premières entrant dans la fabrication des aliments pour bétail au niveau du marché mondial, notamment après l’acquisition par la Chine de 60% de la production internationale de maïs. Du moment que le prix d’achat dépend de la bourse mondiale, le prix de cette matière demeure imprévisible et les éleveurs algériens sont totalement dépendants de l’étranger pour nourrir leurs bétails car cette matière première pour l’alimentation des animaux n’est pas produit en Algérie.

Il faut savoir que durant ces dernières semaines,  les tarifs pratiqués des aliments pour bétail sont inaccessibles. Un quintal de son de piètre qualité est cédé à 4 800 DA et les éleveurs algériens sont dans l’incapacité de s’approvisionner en quantité nécessaire. Beaucoup de ces éleveurs algériens ont été contraints de brader leur cheptel afin de pouvoir nourrir le reste en raison des prix élevés de ses matières premières alimentaires importées par l’Algérie depuis l’étranger.

Ce problème date de plusieurs années en Algérie. Et chaque que les prix des viandes augmentent excessivement, les éleveurs tentent d’interpeller les autorités publiques. En vain. En 2015, la cherté de l’aliment du bétail était encore et toujours  l’handicap face auquel nombreux sont les éleveurs qui lancent une sonnette d’alarme. En 2015, l’aliment du bétail coûtait également près de 4000 DA, la botte de foin à 1600 DA et une botte de paille était cédée à plus de 1000 DA. Une situation qui n’arrangeait guère les professionnels de cette filière qui crient leur ras-le-bol face à ces pratiques.

”Les prix trop élevés n’encouragent pas le développement et la promotion de lait et de viandes rouges dont le prix demeure élevé en raison de cette situation “, avait tonné plusieurs éleveurs algériens.

Par ailleurs, il faut savoir que si le nombre des éleveurs algériens de la steppe forment l’ossature du métier à travers laquelle il y a des millions de cheptel ovin et bovin, c’est que ces éleveurs se trouvent pour la plupart endettés et mal soutenus. Ils crient à la ” hogra ” à cause d’un taux de crédit qui ne dépasse pas selon eux les 30%. Ainsi, depuis 2015, les éleveurs algériens n’ont pas cessé d’alerter les autorités sur les dangers qui guettent cette filière dont dépendent tous les Algériens dans leur alimentation.

Le plus grave dans cette histoire, c’est le manque flagrant des fourrages verts destinés à l’alimentation des vaches laitières qui est vu comme une menace pour les producteurs de lait qui en dépendent dans leur collecte. Une situation alambiquée qui risque selon ces professionnels de porter atteinte à la sécurité alimentaire des citoyens. Certains en pessimistes n’excluent pas que cela va se répercuter sur les prix des viandes rouges qui seraient hors de portée avec la persistance de cette politique.

Malgré les aides dont ont pu bénéficier certains éleveurs dans le cadre de la création de micro-entreprises, il n’en demeure pas moins que cela n’a pas contribué à l’efficacité de cette filière. Certains indiquent que les pâturages indispensables pour l’aliment du bétail se réduisent comme une peau de chagrin et la sécheresse dans les régions steppiques ont fortement perturbé en quantité et en qualité la nourriture du cheptel ovin et bovin. Au point où certains éleveurs ont été obligés de faire nourrir leur moutons ou vaches avec du lait mélangé aux céréales concassées. Sans compter que d’autres éleveurs sont obligés de vendre à bas prix des milliers de têtes surtout ovines pour ne pas se faire trop endetter.

Les prix des viandes rouges ou blanches dépendent donc largement de  cette problématique des aliments pour bétail. A titre d’exemple, dans les pays développés, une vache a besoin d’une ration des ruminants qui est composée en moyenne de 64 % d’herbe, de 20 % de maïs ensilé, de 10 % de céréales, de 5 % de tourteaux et de 1 % de minéraux et vitamines. L’Algérie ne produit aucun de ces aliments de base nécessaires à l’entretien des cheptels.

Algérie Part a obtenu des chiffres qui démontrent la fragilité de l’Algérie dans ce domaine à cause de sa dépendance vis-à-vis de l’étranger.  Prenons l’exemple des tourteaux.  Les plantes oléagineuses sont principalement cultivées pour la production d’huiles végétales. Ces huiles sont obtenues par un procédé appelé trituration au cours duquel les graines sont broyées et pressées, laissant alors un coproduit appelé tourteau d’oléagineux. Ces derniers ne contiennent qu’une très faible teneur en matières grasses résiduelles, mais sont concentrés en d’autres nutriments, notamment en protéines. Cette caractéristique fait des tourteaux d’oléagineux les principaux ingrédients protéiques pour l’alimentation animale dans le monde.

De 2014 jusqu’à 2018, l’Algérie a importé en moyenne et annuellement plus de 1,4 million de tonnes de tourteaux depuis l’étranger. Elle a également durant la même période, l’Algérie a importé annuellement entre 63 et 41 mille tonnes de préparations alimentaires destinées exclusivement à l’alimentation animale. L’Algérie importe aussi de la luzerne, un aliment nutritif, riche en protéines et savoureux, idéal pour l’élevage de jeunes bovins, du millet, du sorgho mais aussi, et surtout, du maïs. De 2014 jusqu’à 2018, l’Algérie a importé en moyenne et chaque année plus de 4,1 millions de tonnes de maïs pour nourrir ses cheptels.

Au total, durant la même période, l’Algérie a importé entre 6,8 et 6,2 millions de tonnes d’aliments pour le bétail afin de pouvoir satisfaire les besoins de ces éleveurs. Ces importations se chiffrent entre 1,6 et 2,3 milliards de dollars. Une importante manne financière qui augmente selon les prix des matières premières de ces aliments pour bétail. A titre d’exemple, le maïs sur le marché mondial a augmenté de 18 % depuis le 1er janvier 2021. Et à ces augmentations, il faut répercuter également le coût d’un dinar qui chute face aux principales devises, à savoir l’euro et le dollar. C’est vous dire que tout l’impact ensuite de la cherté des aliments de bétail sur la production finale des viandes rouges ou blanches en Algérie.

Il faut savoir que les prix des matières premières augmentent : tourteaux de soja, colza, blé, maïs depuis le dernier trimestre de l’année 2020.  La demande mondiale dynamique et les aléas climatiques dans plusieurs régions du monde participent à cette montée des cotations. Le tourteau de soja  est passé de 320 euros à 418 €/t entre la mi-août et la mi-octobre 2020. Atteignant « un niveau de prix qu’elle n’avait pas atteint depuis le printemps 2018 », ont souligné plusieurs spécialistes des aliments pour bétail.   En cause, la forte demande chinoise. Et un climat qui restait encore sec au Brésil à la mi-octobre, ce qui retarde les semis de soja, et « qui pourrait retarder la future récolte de plusieurs semaines », notent à ce sujet les spécialistes. Aujourd’hui, en avril 2021, le tourteau de soja est à 405 euros la tonne. Un prix énormément élevé au regard des capacités financières actuelles en Algérie.
En conclusion, l’Algérie ne pourra jamais stabiliser les prix de ces viandes tant qu’elle ne s’émancipe pas de sa dépendance vis-à-vis de l’étranger concernant les aliments pour bétail. Si elle ne se lance pas dans la production locale de ces aliments pour bétail, l’Algérie ne pourra jamais démocratiser l’accès aux viandes rouges ou blanches. Notons que depuis le début de ce mois sacré du Ramadhan, le poulet est à 360 Da le KG, l’épaule d’agneau à 1550 Da le KG et la viande hachée à 1650 Da alors que les côtes de veau sont à… 2100 Da le KG et la viande locale d’agneau a atteint les 1400 Da. Des prix totalement inaccessibles pour la majorité des salariés algériens.

1 COMMENT

  1. Une botte de paille à 1000da!! C’est des bottes vitaminées ?? Ailleurs, la paille est utilisé comme paillage, pour le couchage, ou un aliment d’appoint, chez nous, la paille moisie (à force de la trimbaler de marché en marché sous le soleil et la pluie) est devenue un fourrage de luxe et exclusif pour engraisser les veaux ou pour nourir les vaches laitière et espérer produire de lui à viande à profusion et traire des tonneaux de lait; et on s’étonne après qu’on fasse la queue pour un litre de lait…
    On pensait quil suffisait de donner à une vache holstein une poignée de paille moisie pour la transformer en fontaine à lait!

    Ps. Heureusement que nos poulets ne sont pas nourris à la paille ; quon peut toujours exporter des pattes de poulets à des prix concurrentiels pour gagner des devises pour importer des poulets sans pattes et de la viande surgelés .

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