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Enquête. La crise énergétique, la pire crise que doit gérer et surmonter l’Algérie

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Au-delà de l’instabilité politique chronique depuis 2019, et la crise financière ou économique, l’Algérie est menacée dans un futur proche par une terrifiante crise qu’elle devra gérer à tout prix avec prudence pour ne pas hypothéquer l’avenir du pays. Il s’agit de la crise énergétique. Enquête.

La crise énergétique provient de la fin prévisible d’un cycle, celui du pétrole et du gaz qui permettent à l’Algérie de se nourrir, de fonctionner, de défendre sa sécurité nationale et d’exister en tant que pays sur la scène internationale. En effet, les hydrocarbures représentent entre 96 et 98 % des recettes en devises de l’Etat, plus de 43 % de ses recettes fiscales et plus de 21 % de toute la richesse nationale, à savoir le Produit Intérieur Brut (PIB). Mieux encore, tous les besoins de la production de l’électricité, de la consommation de l’eau potable ou le chauffage des foyers algériens dépendent intégralement du gaz et du pétrole.

Or, ces ressources sont en train de se tarir en Algérie d’ici la prochaine décennie, avec une population algérienne estimée à 55 millions d’algériens, la production nationale des hydrocarbures ne permettra même pas de répondre aux besoins de la population algérienne.

En effet, les chiffres font froid dans le dos. Dans son rapport annuel, le ministère de l’Energie publie les statistiques des principaux indicateurs énergétiques algériens.  Au titre de l’année 2018, cette source nous apprend que la consommation domestique d’énergie a progressé de 7,7% en 2018, atteignant 65,0 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep). Le « mix énergétique » algérien se compose de 39% de gaz naturel, 28% d’« électricité » (elle-même obtenue via une source primaire ou dérivée), 27% de pétrole et 4% de GPL.

La production d’énergie primaire s’est établie à 165,2 Mtep (millions de tonnes équivalent
pétrole), en léger recul sur un an (-0,4%). Elle se répartit entre 55,7% de gaz naturel, 32,4% de pétrole, 6,0% de condensat, 5,7% de GPL et 0,1% d’énergie renouvelable.
La production d’énergie dérivée atteint 64,7 Mtep et observe un recul similaire (-0,4 %). Elle se répartit notamment entre 48% de produits pétroliers, 28% d’électricité thermique et 20% de GNL (gaz naturel liquéfié).

Les exportations d’énergie ont reculé de 6,9% sur un an, à 100,8 Mtep. La baisse s’explique par la chute des ventes de GNL (-17,9%), de pétrole brut (-12,2%), de produits raffinés (-8,1%) et de GPL (-4,5%). Seules les exportations de gaz naturel (+1,0%) et de condensat (+2,1%) progressent.

Avec de tels indicateurs,  force est de constater que l’Algérie sera confronté à une crise énergétique persistante d’ici 2030. Pourquoi ? Parce que la production nationale ne cesse de reculer face à une demande nationale de plus en plus croissante. Et l’Algérie qui était un pays exportateur d’énergie risque de devenir… un pays importateur d’énergie.

Dans un rapport daté du 25 mars 2018, l’EIA (Energy Information Agency), créée par le Congrès des États-Unis en 1977, avait effectué un état des lieux du secteur énergétique en Algérie. Reprenant des données antérieures, l’agence rappelle que les réserves prouvées de pétrole (on-shore) s’établiraient à 12,2 Mds de barils au début de l’année 2018, alors que celles de gaz naturel atteindraient les 159 000 Mds de pieds cubes.  D’après BMI Research, une société de recherche basée à Londres qui fournit des analyses macroéconomiques, industrielles et financières, couvrant 24 industries et 200 marchés mondiaux,  les six raffineries algériennes auraient une capacité de production de 618 000 barils/jour.

La production de produits pétroliers en Algérie se serait élevée à 1,6 M de barils/jour en 2017 (dont 1,0 M barils/jour de pétrole brut). Le pays aurait exporté pour 580 000 barils/jour de pétrole et de condensats, principalement vers l’Europe (57%), la région Asie-Pacifique et l’Amérique captant chacune environ 20% du pétrole exporté.

La production brute de gaz naturel se serait élevée à 6,5 Tcf en 2015 d’après Cedigaz. L’Algérie aurait exporté 2 Tcf de gaz en 2016, principalement vers l’Europe (83%) alors que la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (ANMO) aurait capté 15% de ses exportations.

Le même rapport nous apprend que sur le plan domestique, deux tiers de l’énergie consommée proviendrait du gaz et un tiers du pétrole, la consommation d’énergie renouvelable ou via le charbon étant négligeable. La production d’électricité aurait atteint 19 GW en 2016 pour une consommation de 56 Mds KwH (doublement en dix ans). Si le réseau électrique dessert 99% de la population, il subirait de fortes pertes (15,9% en 2016).

L’Agence d’information sur l’énergie (Energy Information Administration ou EIA) souligne enfin que le déclin de plusieurs gisements actuellement exploités , la croissance
de la consommation domestique et les pertes liées aux systèmes de transmission et de distribution électrique menace sérieusement l’indépendance énergétique future de l’Algérie. Toutes ces données démontrent que les réserves des hydrocarbures du pays ont entamé leur déclin au moment où la consommation nationale et intérieur enregistre des pics historiques en raison de la forte croissance démographique et de la dépendance totale vis-à-vis des énergies fossiles dans la consommation énergétique nationale.

Le pays sera donc confronté dans les années à venir à la crise énergétique. Il reste à l’Algérie quelques atouts qu’elle peut exploiter. Il s’agit de l’énorme potentiel des réserves de gaz de schiste ainsi que l’exploration encore limitée des champs de pétrole off-shore. Mais pour exploiter ces atouts, il faut des investissements gigantesques qu’il faut financer à coup de milliards de dollars, des dizaines, voire une centaine de milliards de dollars. Ce que l’Algérie ne peut pas faire sans investissements étrangers directs. Or, dans les conditions actuelles de la mauvaise gouvernance du pays, qui voudra mettre autant d’argent en Algérie ? Un changement radical dans le mode de gouvernance du pays est absolument urgent pour préparer les Algériens à cette crise énergétique.

 

2 COMMENTS

  1. Eh oui!
    D’exportateur nous allons devoir importer une partie de notre énergie d’ici moins de 10 ans.
    Nous n’avons pas anticiper et à ce jour on fait comme si de rien n’était.
    L’incompétence et la rapine de la 3issaba qui ne pense qu’au jour le jour tant que la rente nourris les détournements et leurs clientèles de Baltaguias.
    Le peuple?
    Mais depuis quand s’en occupe t’ils.
    L’Algérie ne se dirige pas vers une crise de plus mais vers la famine de large pan de la population

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