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Enquête exclusive. Centrale électrique Oumache III : comment des entreprises publiques ont été honteusement écartées pour remplir les poches d’un milliardaire privilégié

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A Biskra, l’Etat algérien a financé la construction de trois grosses centrales électriques. L’une de ces centrales électriques est basée au niveau de la commune d’Oumache et une autre située à Bordj de Chegga. Elle est actuellement en cours de réalisation et elle devait être réceptionnée « au plus tard en juin 2020 », avait assuré fin août 2019 le ministre Mohamed Arkab lors d’une visite d’inspection. Or, ce délai n’a pas été respecté pour de multiples pratiques scandaleuses que nous avons pu découvrir au cours de nos précédentes investigations. Cette fois-ci, à l’occasion d’une nouvelle enquête, Algérie Part a découvert au cours de ses investigations de nouvelles dérives graves dans l’attribution de contrats de travaux de génies civil avec un préjudice énorme pour l’économie nationale et les entreprises publiques. Ces dérives remettent en cause la crédibilité du groupe public Sonelgaz, à savoir l’un des géants de l’économie algérienne. 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est utile de rappeler la déclaration du 18/10/2020 de l’ex-ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, qui avait exigé de Sonelgaz et Sonatrach de privilégier les entreprises nationales avec interdiction de confier les grands contrats de travaux à des entreprises étrangères. Dans le cadre de notre enquête sur la centrale électrique Oumeche III, nous avons découvert que c’est exactement le contraire qui s’est produit.

Dans le cadre de la réalisation de la centrale électrique à cycle combiné d’Oumeche III, un contrat de 100,68 Milliards de DA, soit l’équivalent de 630 millions d’euros, a été signé entre la Compagnie de l’Engineering de l’Electricité et du Gaz (CEEG), filiale du Groupe Sonelgaz chargée de la maîtrise d’œuvre des projets de réalisation d’infrastructures énergétiques, et la joint venture (JV) Algéro-Coréenne HYENCO. les travaux de génie civil de la centrale ont été pris en charge comme suit : Hyenco en qualité d’EPC, à savoir l’opérateur chargé de la conception globale du projet ce qui inclut l’approvisionnement auprès de sous-traitants, le transport des différents composants, l’engagement de travailleurs, la coordination de l’assemblage et de l’installation sur site avec les différents intervenants impliqués dans la construction de cette centrale électrique.

Genèse d’un scandale propre à « l’Algérie Nouvelle »

D’autre part, le marché conclu avec Sonelgaz permettait à Hyenco de désigner Hyundai en tant que sous-traitant dans cet important projet énergétique.  Le maitre d’ouvrage étant SPE Sonelgaz, avec CEEG comme maitre d’œuvre mandaté par SPE.

Concernant la Partie attribuée à Hyundai dans cet important, elle consistait à réaliser des travaux de génie civil. Ces travaux ont été attribués, par la suite, au groupement mixte Algéro-chinois YOUKAÏS-CRCCI , pour un montant approximatif de 2 milliards de Dinars, après que le Directeur de KDM, une subdivision de la CEEG,  en l’occurrence  MEDKOUR a notifié son accord sans en référer à son DG suite à des instructions du PDG du Groupe Sonelgaz, le premier responsable de toutes les structures de la compagnie étatique algérienne chargée de la production, la distribution et la commercialisation d’électricité et de l’achat, le transport, la distribution et la commercialisation de gaz naturel.

L’attribution de ce marché au groupement mixte Algéro-chinois YOUKAÏS-CRCCI, a été également menée sans  en référer à la commission interne de KDM ni de CEEG pour l’approbation des sous-traitants. Il s’agit bel et bien d’une irrégularité qui est formellement interdite par la réglementation régissant l’attribution des marchés publics dans le secteur de l’Energie. Cette opération illicite été orchestrée, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations,  par le Directeur du projet en l’occurrence Mr KOUDRI Nazim, aujourd’hui faisant l’objet d’une mise en disponibilité- après la signature du contrat.

Le mis en causes Mr KOUIDRI a déjà été embourbés dans des allégations de corruption  avec l’entreprise privée Youkaïs dans un projet à Oumache I avec l’entreprise Sud-Coréenne (HANWA), étant déjà en charge du projet, mais aussi avec l’entreprise Suisse TURBOMACH qui avait refusé de céder à un chantage caractérisé de la part des responsables de Sonelgaz qui avaient tenté de lui soutirer des pots-de-vin.

Concernant la partie du projet d’Oumache III relevant de la responsabilité de la compagnie HYENCO, le contrat de Génie civil a été acquis dans la régularité la plus absolue par l’entreprise nationale Publique INERGA, filiale du Groupe Sonelgaz, grâce au principe de la préférence nationale. A la surprise générale, ce marché lui a été retiré, sans motif valable, suite à des pressions subies par le Groupe Sonelgaz dans le but de favoriser l’entreprise privée Youkais CONSTRUCTOR SPA alors qu’elle avait  été classée deuxième lors de la cérémonie de l’ouverture des plis commerciaux. Le PDG de INERGA, Yazid DJELLOULI, a cédé à la pression et aux menaces dont il avait fait l’objet de la part des hauts responsables du groupe Sonelgaz et n’a pas daigné, par la suite, réclamer son droit d’attribution  malgré le montant important du contrat qui aurait pu faire soulager un tant soit peu INERGA des effets désastreux la crise financière actuelle paralysant l’économie nationale.

Youkais, le nouveau groupe privé choyé par le système ! 

Afin de faciliter l’attribution arbitraire du contrat de Génie Civil à l’entreprise privée Youkais CONSTRUCTOR SPA, plusieurs changements ont été opérés à de hauts postes de responsabilités au sein du Groupe Sonelgaz, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations. Ces changements ont touché tous les cadres dirigeants qui se sont opposés vigoureusement à cette transaction frauduleuse. C’est dans ce contexte que Sonelgaz a vécu le limogeage du Directeur Général Adjoint (DGA) de HYENCO, Mr BOUMHRA. Ensuite, un deuxième limogeage a concerné le deuxième DGA de HYENCO au bout de son 4e mois d’installation. Il s’agit de Mme BELARBI Baya, respectée pour ses compétences avérées en Énergies renouvelables. Un troisième limogeage a été décidé encore à l’encontre de la directrice de KDM au sein de la CEEG, à savoir Mme HAMROUR. Et enfin le PDG de la CEEG, filiale stratégique de Sonelgaz, CHIKHAOUI Mohamed, a été lui aussi limogé en raison de son opposition à l’attribution frauduleuse d’un important contrat à l’entreprise privée Youkais CONSTRUCTOR SPA et son partenaire chinois CRCCI.

Pour « légaliser » la manœuvre frauduleuse, Hyenco à lancé deux consultations nationales destinées exclusivement aux entreprises de droit algérien. Il est à noter que le patron du groupe Youkais CONSTRUCTOR SPA est le franco-algérien Brahim BOIZGHOUDI, résident à Marseille avec l’ensemble de sa famille. Ce personnage sulfureux dans le secteur de l’énergie exerce une importante influente sur de nombreux départements stratégiques du groupe Sonelgaz.

Une première consultation sélective N°CS02/CIV/HS/OUM220 a été ainsi menée. L’ouverture des plis commerciaux a permis de dégager pour les trois (03) entreprises participantes :  YOUKAIS-CRCCI (groupement mixte Algéro-Chinois) et  2 autres Entreprisse nationales privées.

Après analyse des offres techniques par la commission dévaluation des offres de HYENCO , celle-ci a conclu à l’infructuosité de la consultation, du fait que les deux entreprises privées ne disposent pas du niveau de qualification exigé (7) mais a validé la recevabilité de l’offre du groupement mixte Algéro-chinois YOUKAÏS-CRCCI, en violation flagrante de l’article 2-1, de l’instruction aux candidats qui stipulent que la consultations est destinée aux seules entreprises de droit Algérien alors que l’entreprise Chinoise CRCCI membre du groupement temporaire ne dispose pas d’une filiale de droit Algérien.

Une des entreprises privées écartées a transmis une requête au groupe Sonelgaz avec une copie au ministère de l’Energie le 01 septembre 2020 pour déplorer les conditions opaques de la gestion de ce marché public. Jusqu’à aujourd’hui, aucune réponse n’a été délivrée à cette entreprise infortunée. Les deux entreprises privées ont aussi introduit des recours à HYENCO, demandant ainsi l’autorisation de participer à la relance de l’appel d’offres en groupement avec des entreprises nationales, répondant à l’exigence de droit Algérien et à la catégorie (7). Cette correspondance est restée aussi sans suite.

C’est dans ce contexte houleux qu’une 2ème consultation sélective inscrite sous le code  N°CS03/CIV/HS/OUM220 a été menée.  Il serait important de noter que l’objet de la consultation a été modifiée en rassemblant les deux lots du précédent marché en un seul lot. Donc la deuxième consultation n’est pas considérée comme une relance, mais plutôt comme nouvelle consultation puisque que l’objet du cahier des charges a été modifié. Trois (03) entreprises ont été invitées officiellement par HYENCO à retirer le cahier des charges afin de remettre leurs offres techniques et financières pour un seul et unique lot de Génie Civil (les deux lots de la première consultation ont été rassemblés en un seul gros lot).  Les entreprises ayant participé à cette deuxième consultation sont COSIDER, ENGCB, une filiale du groupe Sonatrach, et le groupe privé YOUKAIS avec son partenaire chinois.

Des partenaires chinois et des transfères de devises illicites en vue 

Lors de l’ouverture des plis techniques, deux entreprises seulement ont manifesté leur présence, à savoir :  YOUKAIS-CRCCI (groupement mixte Algéro-Chinois) et l’ENGCB (Entreprise Nationale Publique filiale de Sonatrach). Après analyse des offres techniques, la commission d’évaluation des offres a encore statué sur l’infructuosité de la consultation, pour les raisons suivantes :
– Le groupement mixte algéro-chinois YOUKAIS-CRCCI : éliminé du fait que la consultation soit destinée exclusivement aux entreprises de droit algérien, alors que le candidat chinois CRCCI membre du groupement mixte ne répond pas à cette condition.
– L’entreprise nationale publique ENGCB : éliminée à cause du manque de références professionnelles dans le domaine.

A la suite de ces décisions, l’entreprise nationale publique ENGCB et le groupement mixte Algero-Chinois YOUKAIS-CRCCI, tout deux éliminées, ont introduit des recours qui ont été traités comme suit :
– Le recours de l’entreprise nationale ENGCB a été refusé
– Le recours du groupement mixte algéro-chinois YOUKAIS-CRCCI sous référence 15/DG/2020 du 10/09/2020 a été accepté.

Il est important de noter qu’aucun recours n’a été traité ni validé lors des trois consultations sauf celui du groupement mixte YOUKAIS-CRCCI. Le groupement mixte algéro-chinois YOUKAIS-CRCCI a été invité à déposer son offre financière en mode gré à gré simple. Après analyse de son offre, il a été constaté que le montant proposé est de l’ordre de 6.8 milliards de DA, soit l’équivalent de 42 millions d’euros, alors que l’offre initiale de INERGA était de 6,1 milliards de Da. Ce montant dépasse le montant du contrat de base HYENCO/CEEG. HYUNDAI s’ est engagée à payer la différence si le groupement mixte algéro-chinois YOUKAIS-CRCCI refuse de réviser son offre.

Après d’âpres négociations, le contrat sera attribué par HYENCO au groupement mixte algéro-chinois YOUKAIS-CRCCI, en mode gré à gré simple par décision unilatérale du DG Sud-Coréen Mr Lee pour un montant de 5.937.962.313,47 DZD. L’attribution a été faite sans la validation ni de la Commission d’examen des demandes de recours à la présélection et au gré à gré (CEPREGG) ni du Conseil d’administration de Sonelgaz ni par dérogation du PDG du Groupe.

Ces anomalies permettront au final à un seul groupement privé/Chinois de bénéficier d e plus de 8 milliards de DA, soit plus de 50 millions d’euros, de contrat en mode gré à gré simple, dont 49% pour une entreprise étrangère, en violation flagrante de la réglementation en vigueur (article 33, 35, 53, 54 et 82 de la règlementation des marchés appliquées aux sociétés du groupe Sonelgaz).

Il serait important de rappeler que c’est la première fois dans l’histoire de Sonelgaz en général et de CEEG en particulier qu’un contrat de travaux de Génie Civil destiné aux entreprises de droit Algérien soit confié en mode gré à gré simple  à un groupement mixte dont un membre est étranger non résident. Dans le secteur de l’énergie, les attributions gré à gré intr-Goupe sont régies par une réglementation très stricte. En plus de toutes les violations constatées, l’entreprise chinoise CRCCI percevra sa part en Dinars Algériens et ne pourra pas les transférer à l’étranger selon la réglementation algérienne du fait qu’elle ne dispose pas d’une entité de droit national. Les transferts illicites se feront ainsi grâce au marché de devise parallèle. Un autre coup fatal à notre économie déjà fragilisée par l’une des pires crises financières des temps modernes depuis le début de la pandémie de la COVID-19.

1 COMMENT

  1. De toute façon, désormais le clan HAGGAR a achevé de mettre main basse sur le pays. Faire des élections dans un pays pris à la gorge, c’est juste un faire-valoir pour sauver les apparences. Tous les postes stratégiques sont attribués par les parrains. On assiste à un copié-collé du colon français ! On a réintégré notre condition de 2è collège. N’oubliant pas non plus que les colons, quelque soit leur nature, viennent avec l’idée fausse de civiliser les autochtones. Quelle prétention !

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