Enquête. Crise financière et appauvrissement du pays : comment le régime algérien reproduit les mêmes erreurs de la fin des années 80

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L’Algérie de 2021 ressemble étrangement et dangereusement à celle de la fin des années 80 et début des années 90. Sur le plan économique du moindre. Force est, en effet, de constater que le régime algérien reproduit les mêmes erreurs au niveau de la gouvernance économique du pays ce qui va conduire le pays directement vers l’endettement extérieur et un dérèglement profond et tragique de l’économie nationale. Explications. 

Ce que l’Algérie avait vécu en 2014, elle l’avait auparavant vécu en 1987. Mais elle n’a jamais tiré les bons enseignements. En 1987, le prix du baril de pétrole qui va passer de 21 $ à 15 ou 16 $. C’est la conséquence directe du choc pétrolier de 1986. A cette époque, l’offre mondiale de pétrole a retrouvé des couleurs et dépasse largement la demande. Le cours du pétrole reste à un niveau stable grâce aux décisions de l’Opep qui tente tant bien que mal de le maintenir. L’Arabie saoudite va une nouvelle fois placer ses pions en augmentant sa production. Les pays de l’Opep, comme souvent, lui emboîtent le pas en augmentant à leur tour leur production. Le prix du baril de pétrole redescend sous la barre des 10 dollars. Un accord est finalement trouvé en 1987 et la situation revient à la normale avec un baril à 17 dollars.

Or, ce choc va produire des effets catastrophiques sur la santé financière de l’Algérie qui va connaître des pénuries de produits de large consommation à cause de la chute significative de ses recettes en devises au regard de sa forte, et unique, dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. En 1988, les troubles du fameux mois d’octobre éclatent et l’Algérie sombre dans une crise politique. A partir de 1990 que la situation devient catastrophique et l’Algérie doit s’endetter à l’international pour pouvoir financer la satisfaction de ces besoins les plus élémentaires.

Cette séquence historique fut sinistre pour l’Algérie. Nous y reviendrons. Mais le régime algérien a poursuivi sa forte dépendance vis-à-vis des hydrocarbures sans réussir la moindre diversification économique. En 2014, l’Algérie vit un autre  choc pétrolier similiaire dans son amplitude à celui de 1986. En 2014, la chute des prix du pétrole a été vertigineuse et surtout rapide: depuis mi-juin, elle atteint presque 50%. Début 2014, les Etats-Unis deviennent premier producteur mondial de pétrole avec une production d’environ 11,7 millions de barils de pétrole par jour. Une production dopée par un boom historique de la production de pétrole de schiste. Au même moment, la production russe atteint 10,8 millions de barils de pétrole par jour. L’OPEP est totalement affaiblie.

Dans ce contexte de concurrence et de surproduction qui n’arrange pas ses comptes, l’Arabie Saoudite, alors deuxième plus grand producteur mondial de brut avec 11,5 millions de pétrole extrait par jour, décide de réagir. Fort d’un potentiel pétrolier impressionnant, le royaume wahhabite, dans un esprit de compétition, inonde le marché pour faire descendre les prix. Mais les intentions de l’Arabie Saoudite ne se limitent pas à meurtrir la concurrence, il s’agit aussi d’affaiblir l’économie de son éternel rival, l’Iran, qui brandit la menace d’un expansionnisme pétrolier après la levée de l’embargo sur l’exportation de son brut. La production saoudienne connaît rapidement une augmentation de 600 000 barils de pétrole par jour. Sur les principaux marchés, les prix dégringolent.

Entre novembre 2014 et janvier 2016, les prix du pétrole qui s’établissaient à une moyenne de 100 $ le baril recule de plus de 60%, atteignant en janvier 2016, leur plus bas niveau depuis de nombreuses années, 27 $. Les conséquences pour l’Algérie sont, comme en 1986 et 1988, terribles. Sauf que cette fois-ci, le pays a un atout qui va lui sauver la vie :  des réserves de change de  178,9 milliards en décembre 2014.

Grâce à ses réserves de change, le régime algérien va éviter l’effondrement du pays et maintient sa survie jusqu’à…. la crise politique de 2019. Ces réserves de change sont en train de fondre et elles devront s »épuiser définitivement à partir de fin de l’année 2021 ou début 2022. Le calcul est simple. Les réserves de change de l’Algérie ont reculé à 72,6 milliards de dollars (mds usd) à la fin avril 2019, contre 79,88 mds usd à la fin de l’année 2018, soit une baisse de 7,28 mds usd en quatre mois. La Banque d’Algérie avait annoncé que les réserves de change du pays s’étaient établies à 79,88 milliards de dollars fin 2018 contre 97,33 milliards de dollars fin 2017, soit une baisse de 17,45 milliards de dollars en une année. En 2018 et 2019, l’Algérie n’était pas exposée aux chocs violents de la crise financière internationale provoquée par la pandémie de la COVID-19.

Depuis 2020, le régime algérien a consommé énormément ses réserves de change pour couvrir les déficits et assurer sa survie. Que signifie réellement la fin des réserves de change ? Le retour à la case de départ : à savoir l’endettement extérieur pour assurer le fonctionnement du pays.

C’est la situation que l’Algérie avait connu précisément en 1990.  Quelques chiffres sont nécessaires pour ce parallèle.  Dans les années 70, l’Algérie était riche et prospère comme lors des années 2000. La dette algérienne était de moins de 5 milliards
de dollars. En 1975, elle atteignait 6,870 milliards de dollars et le service de la dette était de 0,860 milliards de dollars. En 1982, la dette passe à 17,8 milliards de dollars et le service de la dette passe à 4,6 milliards de dollars. Mais, les exportations passent de 4,5 à 13,5 milliards de dollars.

La dette comparée aux exportations revient de 150% en 1975 à 134% en 1982. Alors que la crise de la dette du Tiers-Monde explose, le service de la dette algérienne reste contenu même s’il augmente puisqu’il passe de 19% des exportations en 1975 à 36% en 1982; le service de la dette en 1982 ne dépasse pas 8,5% du PIB. C’est à partir de 1986-87 que la situation se détériore.

En 1990, elle devient catastrophique; la dette atteint 28,6 milliards de dollars, soit 227% des exportations et le service de la dette, à près de 9 milliards de dollars, se situe à 80% du total des exportations. En clair, l’Algérie a connu déjà ce scénario par le passé : consommation de ses richesses, épuisement de sa prospérité et recourt ensuite à l’endettement pour s’en sortir face aux crises financières.

Cependant, en 2021, le régime algérien est toujours dans le même schéma de mauvaise gouvernance qui a suscite des dysfonctionnements majeurs aggravant ainsi encore davantage la crise financière et économique du pays.

Pourquoi l’Algérie était obligée de s’endetter à la fin des années 80 et début des années 90 ? Parce que ses revenus en devises sont insuffisants pour couvrir ses besoins élémentaires comme la sécurité alimentaire et le paiement des salaires des travailleurs algériens. A cette époque, l’Algérie souffrait des investissements industriels massifs et peu productifs dans des secteurs qui se sont trouvés déclassés dans la division internationale du travail qui ont constitué les fondations de l’endettement extérieur du pays.

L’abandon de l’agriculture et l’inefficacité de la distribution l’ont accéléré et l’ont rendu
encore plus dangereux. L’accroissement des échanges des produits de première consommation a été assuré par le commerce international. Il a fallu s’endetter pour nourrir les villes en produits de première nécessité qui pourraient être fabriqués sur place. Et l’Algérie est devenue l’un des premiers  importateurs mondial par tête d’habitant pour des produits de première nécessité (semoule, céréales,…).

Aujourd’hui, en 2021, ce sont les mêmes problèmes économiques et financiers qui se posent en Algérie : pas d’industrie créatrice de richesses et de valeur ajoutée, une agriculture qui couvre même pas 50 % des besoins nationaux, et, comme à la fin des années 80, une crise politique majeur avec un déficit de légitimité du pouvoir algérien en place. Les mêmes problèmes produisent les mêmes effets. C’est une règle scientifique. A ce rythme-là, l’Algérie à partir de 2022/2023 va devoir s’endetter à l’étranger et gérer une immense crise sociale et économique en interne car sa population dépasse les 45 millions d’habitants alors qu’en 1990, la population algérienne était d’à peine… 25 millions. Le régime algérien a réussi à replonger le pays dans l’inconnu…

4 COMMENTS

  1. Un prix du baril à 10 $ ou 100$ ne change rien à la donne.
    Nous ne maîtrisons pas nos richesses donc seuls les voleurs peuvent s’enrichir et encore avec l’aval de leurs maîtres.
    La seule et unique solution est de se re approprier nos richesses pour en fixer le prix à la revente et en tirer ainsi des bénéfices.
    Aujourd’hui, seules l’Iran et le Venezuela luttent en ce sens et c’est pour cela qu’ils sont ostracisés .
    Le maître n’a jamais permis à l’esclave de s’émanciper.
    Ce n’est pas dans ses intérêts. Il promeut les plus traîtres d’entre eux pour qu’ils « s’occupent «  des basses besognes et rafle la mise sur la durée.
    Un chien qui est tenu en laisse par un autre chien est contre nature…
    Libérons nous de nos chiens et le reste suivra si nous restons vigilants.
    La liberté ne s’offre pas, elle se gagne et pour la gardée, il faut se battre.

  2. Tous les régimes d’occupation reproduisent les mêmes erreurs !
    N’a t-on pas vu la France en 132 ans d’occupation préférer envoyer nos matières premières chez-elle pour les transformer plutôt que de créer des usines sur place pour utiliser la main-d’oeuvre autoctone ?
    Pour optimiser leur razzia ils ont même trouvé plutôt commode économiquement d’envoyer des bataillons d’émigrés à utiliser au moindre coût dans leurs travaux à la chaine.
    60 ans, après, on a l’impression que leurs successeurs leur emboîte le pas, par paresse, en se sachant, comme l’a si bien dit un des leurs, au temps de boumediène, « l’année dernière on était au bord du précipice, cette année on s’apprête à faire un pas en avant » !!!
    Sauf que là, ils se tirent une balle dans leur pied ! Et fiers de l’être …

  3. « La dette comparée aux exportations revient de 150% en 1975 à 134% en 1982. »!!!

    Eh ben ! Après ça, il y en a encore qui sont nostalgique de cette époque « miraculeuse » (selon leurs dires) et essaint même de nous faire croire avec force conviction que à l’époque l’Algérie était leader du monde (des aveugles ?) et que le moustachue (le culte des moustaches toujours) était le génie de son temps, voire de tous les temps, et regrettent même qu’il soit parti trop tôt à leur goût ! On entend souvent leurs complaintes : « ah, si seulement le moustachue aux cigares havane qui embaumaient l’air et leur misère était encore vivant, il aurait fait, il aurait fait tant et tant ,…toz, toz et retotoz ! Lui qui, en vrai, avait laissé un pays exsangue, une dette monstre et une école médiocre (usine à gaz) qui va produire les cadres médiocres tout juste arrivé à maturité, après sa mort, au cours des années 80 et début des années 90 dont on a vu les exploits et on en voit encore aujourd’hui, tous les monstres moyenâgeux, les charlatans que notre école produit à un rythme exponentiel. Des cerveaux fossiles d’aujourd’hui imbus de leurs petites personnes, qui se prennent pour des lumières. Plus intelligent, plus érudit, plus musulman, plus patriote,…qu’eux tu meurs. Des tonneaux vides qui résonnent au loin; et à l’abri de leur vacarme assourdissant, le pays sombre inexorablement en silence …