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Enquête. Comment les faiblesses de la Bourse d’Alger retardent encore le développement de l’Algérie

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Alger demeure une place boursière encore largement sous-développée. La Bourse d’Alger est, malheureusement, l’une des bourses les plus faibles et moins performantes du monde. Ce qui retarde dangereusement le développement du pays. Enquête.  

Il faut savoir qu’un pays ne peut se développer que dans la mesure où il dispose des
capitaux suffisants et les affectent à bon escient. C’est pour cela que la finance moderne, basée sur les marchés financiers, s’est imposée dans les économies. Le recours à ce mode de financement réponds, donc, plus facilement aux attentes des entreprises en terme de liquidité. Les banques, de nos jours, elles investissent désormais une grande partie de leurs dépôts en bourse. Désormais, l’obtention d’un marché financier développé est le signe d’une économie forte.

Or, un marché financier développé repose essentiellement sur une Bourse performante et bien structurée. Ce qui n’est pas le cas de la Bourse d’Alger. La bourse d’Alger est fonctionnelle depuis 1997, sous l’égide de la Société de Gestion de la Bourse des Valeurs.

En 2011, quatre valeurs étaient cotées, pour une capitalisation totale de 13 milliards de DA représentant 0,08% du PIB. En 2017, cinq entreprises étaient cotées, pour une capitalisation totale multipliée par plus de trois sur la période, totalisant 45 milliards de DA, soit 0,22% du PIB.En plus du nombre réduit d’entreprises, le marché se distingue par la concentration de la capitalisation et des secteurs. Deux entreprises pharmaceutiques comptent pour81% de la capitalisation boursière. Le marché des ObligationsAssimilables du Trésor (OAT), créé en 2008 pour des obligations à 7, 10 et 15 ans, totalisait 383,6 milliards de dinars algériens soit environ 2,3% du PIB en 2017. Pour être admises sur le marché des titres, les entreprises doivent être des sociétés par action et avoir 20% de leur capital distribué auprès d’au moins 150 actionnaires sur le marché principal ou 10% de leur capital distribué auprès d’au moins 50 actionnaires sur le marché des PME. Un capital social minima est fixé pour les entreprises du marché principal qui doivent avoir réalisé un bénéfice au cours de l’exercice précédent l’admission.

Il est à signaler également que la Bourse d’Alger dispose d’un marché des PME où il n’y a pas de conditions de capital minimum ni de réalisation de bénéfices. L’absence de conditions d’admission aurait pu permettre à une large gamme d’entre-prises de recourir au marché financier. Cependant, depuis son ouverture en 2012, aucune entreprise n’a été cotée sur le marché des PME. En Algérie, la capitalisation boursière a connu par conséquent un rebond par lequel elle est passée de 106.20 M/USD en 2010 à 205.21 M/USD en 2011 grâce à l’introduction du titre ALLIANCE. Ce regain n’a pas tenu long temps, la baisse des cours de certains titres, plus particulièrement, ALLIANCE a condamné la croissance de la capitalisation qui a atteint 168.03 M/USD en 2012. L’admission du titre NCA Rouïba
a permis de stabiliser à la capitalisation à 174.12 . La diminution l’agressivité des détenteurs du titre ALLIANCE d’une part, et l’évolution des cours des entreprises AURASSI et SAIDAL a impacté positivement la capitalisation qui a progressé par conséquent à 183.59 M/USD en 2014 et 153.23 M/USD en 2015.

En 2016, BIOPHARM SPA a rejoint le camp des entreprises cotées en bourse suite à l’admission de l’action BIOPHARM à la cote officielle de la bourse d’Alger, la capitalisation boursière est passée de 153.23 en 2015 à 418.28 M/USD à la fin 2016. Cependant, la bourse n’a pas réussi à garder cette cadence, la capitalisation a passé à 353.14 M USD à la fin 2017, un recul due à la baisse des cours des titres cotés. En 2018, l’introduction du titre AOM Invest Spa, une entreprise algérienne spécialisée dans l’étude, le développement et l’exploitation des projets touristiques,  à la bourse a contribué à augmenter en 2013 le niveau de la capitalisation à 371.41 MUSD.

Cependant, avec une capitalisation qui ne dépasse pas 1 % du PIB du pays, la bourse d’Alger n’a pas pu encore s’imposer et devenir un élément clé dans le financement de l’économie nationale. Le nombre des entreprises cotées est la cause principale de ce niveau de capitalisation boursière à la bourse d’Alger.

Le faible recours des entreprises au marché boursier algérien peut être dû à plusieurs facteurs, notamment, la concurrence de l’Etat et sa politique de privatisation, le processus long d’introductions en bourse d’Alger, l’insuffisance des incitations fiscales, et surtout la concurrence déloyale des entreprises qui exercent dans l’informel. Ajouté à ces facteurs, l’absence d’une culture boursière auprès des politiciens, chef d’entreprises et le public.
Ces facteurs constituent un frein au développement de la bourse qui demeure dans l’état embryonnaire, après plus de 20 ans après sa création.

Il est à souligner enfin que l’activité globale sur la Bourse d’Alger a connu une baisse importante en 2020. Le volume des échanges en bourse a chuté de 64,83 % tandis que leur valeur a diminué de 68,48 %, peut-on lire dans le rapport annuel 2020 publié fin mars 2021, par le régulateur du marché financier algérien.

Si « les effets économiques de la pandémie de la covid-19 » sont pointés du doigt par la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (Cosob) comme une cause de cette baisse du niveau d’activité, l’institution dénonce principalement « la léthargie et la faiblesse endémiques qui caractérisent la Bourse d’Alger, en raison du manque de profondeur du marché et d’attractivité pour les entreprises et les investisseurs ».

En 2018 et en 2019, l’organisme de régulation avait suggéré à la place boursière algérienne de procéder à un important travail de démarchage, vulgarisation de l’activité boursière et d’éducation financière, afin de remédier à cette situation. La Cosob avait explicitement conseillé à la Bourse d’Alger de communiquer de manière régulière sur l’activité d’animation du marché, les mécanismes de liquidité entre autres.

La Cosob dans son rapport de 2020 fait savoir que la Bourse a perdu en une année 4,23 % de sa capitalisation boursière, du fait de la baisse des transactions sur le marché. « Comparativement au PIB, la capitalisation boursière représente un peu plus de 0,1% du PIB en 2020 », explique le régulateur qui s’inquiète de la contribution « insignifiante de la Bourse d’Alger dans le financement de l’économie ». Depuis plusieurs années déjà, l’activité sur le marché des obligations est morose. La dernière émission d’emprunt obligataire coté en bourse remonte à 2009, et l’échéance du dernier emprunt obligataire cotée remonte à 2016.

 

 

 

4 COMMENTS

  1. Faut avoir une bonne economie de marche pour parler de marche boursier . Ou au moin une culture d economie de marche . Apres ca prend des entreprises rentables , apres une bonne regulation et des lois solides . Nous n avons rien de tous ca .

  2. il est quand meme navrant que les bourses des pays voisins, d’Egypte et ailleurs fonctionnent normalement alors que celle d’Alger est dans un état comateux. Est-ce la faute de gestionnaires incompétents, d’absence de managers. L’Algérie est le seul pays ou les projets durent et perdurent sans être achevés dans les délais contractuels et trop souvent réévalués à plusieurs fois du simple au quintuple pour être modeste. Les chantiers lancés pour le prestige sont abandonnés ni d’ailleurs suivis, la qualité des prestations laissant à désirer.

  3. La bourse est en principe un lieu d’investissement pour des investisseurs !
    Le succès d’une entreprise en bourse est lié à ses résultats économiques ou/et parfois à son projet #moderne# ex : startups !
    Le problème de la Bourse d’Alger, où sont les entreprises prospères à l’international ou les startups en Algérie ?

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