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Energie solaire : ce qui n’a pas été fait en 30 ans, Tebboune veut le faire en 3… mois

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« Fixer un délai ne dépassant pas trois mois pour la transition énergétique par le recours à l’énergie solaire dans certains établissements et structures de l’Etat, notamment les secteurs de la santé et l’éducation ». C’est avec cette phrase tranchante, brève et décisive que le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé le développement accéléré de l’énergie solaire dans le pays. Oui, Tebboune veut que le solaire se propage rapidement partout en Algérie alors que des investissements lourds, stratégiques et importants n’ont pas été accomplis durant plus de 30 ans pour permettre à l’Algérie de se lancer dans l’utilisation massive de cette énergie renouvelable. 

Ce dimanche 21 novembre, le président algérien a présidé un Conseil des Ministres dont les travaux ont abouti à l’adoption, formelle jusque-là, mais officielle de plusieurs nouvelles mesures. Il s’agit notamment de l’obligation qui sera imposée à toutes les communes du pays pour « utiliser l’énergie solaire dans l’éclairage public, y compris au niveau des voies express et les zones montagneuses à l’instar des Aurès, l’Ouarsenis et Djurdjura » ou de « redéfinir les critères relatifs à l’importation des chauffages à utilisation domestique de manière à prendre en considération les normes de sécurité et la transition énergétique en cours ».

Le gouvernement algérien prévoit également de lancer une campagne nationale à titre gracieux pour le contrôle des chauffages fonctionnant au gaz naturel afin de protéger les vies de nos concitoyens et d’interdire l’utilisation du bois dans les projets de réalisation de logements, et le remplacer par du PVC, afin de préserver la richesse forestière.

Tebboune et ses ministres ont opté aussi pour l’orientation progressive du secteur du bâtiment et des travaux publics vers l’adoption de normes environnementales peu énergivores permettant d’éviter l’utilisation de matériaux nuisibles à l’environnement. L’Etat algérien envisage, d’autre part, d’installer le Haut conseil de l’énergie, dans les meilleurs délais, pour lui confier les tâches de prospective et d’évaluation dans ce domaine.

En soi, ces mesures sont louables. Mais le réveil de l’Algérie semble tardif et les délais fixés par Tebboune sont tout simplement irréalisables. Comment peut-on équiper un nombre important d’infrastructures et d’institutions publiques en panneaux solaires en seulement 3 mois ? C’est une annonce tout simplement fantaisiste car le solaire est encore au stade zéro en Algérie.

Il faut savoir que notre pays s’est lancé officiellement dans le développement du solaire à travers le programme national de développement des Energies Renouvelables (ENR) qui a été adopté dès 2011 avec l’ambition démesurée d’installer une puissance de 22 000 Mégawatts (MW) à l’horizon 2030. Rien de concret ou de grandiose de ce programme n’a pu être réalisé en raison de nombreuses défaillances ayant miné la stratégie algérienne dans ce secteur.

L’Algérie a basé essentiellement ce programme sur le thermo-solaire CSP (Concentrated Solar Power), cette technologie consistait à concentrer le rayonnement solaire pour atteindre les hautes températures permettant d’actionner les turbines à vapeur d’une centrale électrique classique.

Or, à l’époque, l’Algérie avait construit toute sa dépendance vis-à-vis de cette source d’énergie renouvelable qui était, malheureusement, très coûteuse faute de disposer des technologies novatrices qui réduisent les coûts de production de l’énergie. Occultant l’importance de ce volet technologique, l’Algérie a élaboré toute sa stratégie sur le thermo-solaire en le transformant comme le pilier de son programme national de diversification des ressources énergétiques qui devait inclure également la réalisation de centrales nucléaires à l’horizon 2035. L’objectif visé est d’atteindre 15.000 MW hors hydrocarbures.

Un objectif qui n’est guère à la portée du pays qui ne s’est jamais développé dans la production et recherche scientifique pour maîtriser le coût de production de l’énergie renouvelable.

En 2015, l’Algérie avait prise conscience des erreurs de sa planification dans ce secteur. Après avoir constaté qu’en plus des coûts prohibitifs, la technologie du thermo-solaire était dépassée, le programme a été modifié de fond en comble avec prédominance du photovoltaïque (PV) remplaçant le thermo-solaire CSP.

Malheureusement, cette modification n’a pas porté ses fruits car les mêmes insuffisances que précédemment avaient empêché une nouvelle fois le nouveau programme de vraiment démarrer bien qu’entre-temps, en 2016, le projet ait été promu au rang de priorité nationale. Malgré ce statut, il n’a été réalisé, jusque-là, que la piètre performance de 364,3 MW c’est-à-dire seulement 1.7% des 22 000 MW du programme.

Selon plusieurs expertises et études réalisées pour évaluer ce programme, des surcouts considérables ont été constatés ce qui a mis en péril la concrétisation des objectifs de ce programme. Preuve en est, les 364,3 MW sont revenus à plus de 1200 milliards de dinars valant à l’époque 1,5 milliard de dollars, ce qui correspondait à plus de 4 millions de dollars le MW alors que celui-ci tournait autour de 1 million de dollars comme c’est le cas au Maroc avec le coût du photovoltaïque de la centrale de Noor Ouazazate 4. Tant que ces paramètres ne sont pas corrigés ou améliorés, l’Algérie ne pourra jamais réussir dans le développement de l’énergie solaire. Et les annonces faites ce dimanche par Abdelmadjid Tebboune risquent de rester lettre morte.

 

 

 

 

7 COMMENTS

  1. Semmar a raison de dire que tout ça c’est du blabla
    Comment imaginer un pays comme l’Algérie développer l’énergie renouvelable, alors qu’elle est dans l’incapacité de développer de simples routes, où même des usines d’incinération des déchets ménagers .

  2. Mouad Bouchareb avait comparé A Bouteflika au prophète Abraham !
    Avec ce projet d’équiper en 3 mois en solaire une grande partie des infrastructures ! L’Algérie a encore, à mon avis, trouver un prophète, c’est un projet véritablement miraculeux !

  3. Le pays va devoir trouver des fonds tant pour financer les actifs ainsi que pour compenser le décalage entre les coûts d’installations et les retours futurs.

    il faut régler les problèmes d infrastructures dans le pays , des villes sont exposées aux risques d’inondations les inondations dévoilent l’anarchie urbaine… et aussi, Le manque d’infrastructures touristiques est souvent évoqué comme frein au développement du tourisme en Algérie .l’Algérie dispose de richesses inestimables qui peuvent séduire les touristes du monde entier.

  4. L’Algérie elle souffre surtout de tous ces charlatans esclaves qui se prennent pour des Algériens alors que leur fantasme est de la voir à feu et à sang.

  5. Ya dzlahmar,
    l’Algérie souffre des tubes digestifs ambulants comme toi, dépourvus de neurones et lobotomisés par la religion et l’école fondamentale. C’est cela le vrai problème, quant au reste continue à applaudir la mafia régnante, de toutes les façons c’est tout ce que tu sais faire, malheureusement on ne fera jamais d’un bourricot un pur sang.

  6. Rectifier le tir, car il n’est jamais trop tard…la création de PME, avec des dizaines de milliers d’emplois à la clef
    Le coût dépendra de la maitrise de cette industrie, car fabriquer des panneaux solaires en Algérie, ce qui est possible, fera économiser des milliards de dollars à l’état
    Encourager les particuliers et les promoteurs à équiper les logements de panneaux solaires par des incitations fiscales ( subventionnés les installations) se fait ailleurs et aura plus de chance de marcher chez nous, un pays qui bénéficie d’un ensellement exceptionnel
    Arrêter de subventionner l’électricité produite par des centrales au gaz, fera le reste…
    DESERTEC était une supercherie car son coût a été évalué à 450 milliards de $…il faut y aller crescendo , avec des équipements pour les petites structures et surtout que cela soit généralisé dans le sud algérien…
    Mr Zemmar, l’exemple du royaume du haschisch est un très mauvais exemple….voir l’article du monde
    Noor généré une perte annuel de 75 millions de $ par an et cette électricité qui devait couter moins cher n’a jamais été rentabilisé à ce jour

    « L’analyse comparée met en relief un coût de revient du kilowatt-heure [kWh] à 1,62 dirham pour Noor 1, 1,38 pour Noor 2 et 1,42 pour Noor 3, tandis le kWh est revendu à l’ONEE à 0,85 dirham », dénonce le CESE.6 mai 2021
    Au Maroc, les ratés de la stratégie solaire
    Cinq ans après le lancement en fanfare de la première centrale solaire à Ouarzazate, les retards s’accumulent et les pertes se creusent.
    Par Ghalia Kadiri(Casablanca, correspondance)
    Publié par le Monde le 06 mai 2021 à 20h00 – Mis à jour le 21 octobre 2021 à 19h02

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