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En une année et demie, il s’empare de plus de 34 % des parts de marché de l’huile de table : l’étrange et l’anormale ascension du groupe SIM

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C’est du jamais vu dans l’histoire économique de l’Algérie indépendante. Un opérateur privé qui s’empare du plus du quart d’un marché aussi stratégique que celui des huiles alimentaires notamment de l’huile de table subventionnée par l’Etat algérien, c’est une performance inouïe. C’est notamment une performance qui soulève de nombreuses interrogations au regard des avantages inédits qui ont été accordés à cet opérateur privé nouvellement entré sur le marché de l’huile de table. 

Oui, le marché de l’huile de table en Algérie a connu une poussée anormale et exceptionnelle de la part d’un nouveau acteur qui s’est lancé officiellement dans ce marché depuis uniquement l’été 2019. Il s’agit du groupe privé SIM du défunt milliardaire Abdelkader Taïeb Ezzraïmi, mort le 1er avril 2020 des suites d’une sévère infection aux formes les plus graves de la COVID-19. Les héritiers du patron fondateur groupe Semoulerie industrielle de la Mitidja (SIM), notamment son fils Hassen Taïeb Ezzraïmi, sont à la manette de la holding familiale avec surtout la nouvelle filiale consacrée à la production de l’huile de table, AGC SIM.

AGC SIM a lancé une nouvelle marque d’huile de table sur le marché algérien appelée  « Sim, Bahia ». Cette huile est produite depuis juillet 2019 dans une usine d’agroalimentaire située  dans la région d’El Hamoul à Oran, il s’agit plus exactement d’un complexe de trituration de graines oléagineuses, raffinage et conditionnement des huiles végétales.

De l’été 2019 jusqu’à avril 2021, SIM BAHIA a pu détrôner tous ses concurrents menaçant même le leadership du groupe privé CEVITAL qui domine le marché algérien depuis 1998.

Les chiffres communiquées officiellement par le ministère du Commerce sont effarants. Au mois de février 2021, sur une production nationale dépassant les 52 mille tonnes d’huile de table, AGC SIM s’est octroyée une part de marché qui dépasse les 34 % avec pas moins de 17 938 tonnes d’huile de table écoulés. CEVITAL a, quant à lui, produit et écoulé sur le marché 19 507 tonnes. En clair, AGC SIM est sur le point de détrôner le groupe CEVITAL, le leader du marché depuis des décennies. Après une année et demie de son lancement, l’huile d’AGC SIM a totalement surclassé les autres concurrents comme AFIA ou l’huile du groupe La BELLE. Et pourtant, ces groupes privés et étrangers produisent et commercialisent de l’huile depuis 2008 comme AFIA qui appartient au groupe  Savola Group, un groupe coté à la bourse saoudienne avec près de 160 000 actionnaires et 17 000 employés dans le monde.

Selon le tableau récapitulatif rendu public par le ministère du commerce des quantités de production effective pour chaque marque, la production d’huile de table durant la première quinzaine du mois d’avril s’élève à 8.884 tonnes pour la marque SIM, 25.429 tonnes pour Cevital, 4.438 tonnes pour Afia, 2.020 tonnes pour La Belle et 7.930 tonnes pour Prolipos, soit un total de 48.701 tonnes, suffisantes pour couvrir les besoins d’un mois complet.

L’huile SIM BAHIA est devenue ainsi officiellement la deuxième huile consommée en Algérie. Ce que des acteurs économiques majeurs n’ont pas pu réussir en une décennie, AGC SIM est en train de le réaliser en une année et demie. Comment est-ce possible ? Malheureusement, il s’avère que cette fulgurante ascension ne s’explique nullement par une forte compétitivité économique.

Le groupe SIM a bénéficié d’étranges et intrigants avantages qui lui permettent aujourd’hui de jouir d’une position très privilégiée sur le marché de l’huile de table. Effectivement, c’est le seul opérateur qui peut vendre son huile de table sans quasiment aucun contrôle strict des inspecteurs des directions du commerce des wilayas composant le territoire national.

Comme il a été révélé précédemment par Algérie Part, AGC SIM est le seul en Algérie qui peut vendre toutes ses quantités d’huile de table à des commerçants grossistes sans les contraindre à présenter des « factures réelles ». En clair, le service commercial d’AGC SIM SPA se permet de traiter avec des grossistes pour leur vendre des bidons d’huile de table à base de soja, une produit alimentaire subventionné et contrôlé par l’Etat, sans les contraindre de présenter des factures contenant leurs véritables coordonnées fiscales.

Cette irrégularité permet aux grossistes distributeurs de l’huile de table « Sim Bahia » d’établir des factures avec des prête-noms et des fausses adresses. Ce qui rend quasiment impossible, ou du moins très compliqué, le contrôle a postériori des inspecteurs des directions du Commerce réparties sur le territoire national.

Cette pratique immorale favorise, malheureusement, la spéculation et les détournements de l’huile de table par des trafiquants malhonnêtes qui vont la stocker avant de l’écouler illégalement sur le marché parallèle. ll faut savoir que l’huile « Sim Bahia » est cédée aux grossistes à 580 Da le bidon de 5 litres. Avec l’actuel mode de facturation de l’opérateur AGC SIM SPA, des spéculateurs trafiquent de fausses factures ou établissent des factures fictives pour se faire passer pour des grossistes titulaires d’un registre de commerce. Ensuite, ils reprennent les quantités de l’huile de table afin de la commercialiser à leur guise sans se soumettre aux plafonnement des prix à 600 Da le bidon de 5 litres imposé par l’Etat algérien pour permettre l’approvisionnement des foyers les plus nécessiteux.

Ces pratiques aggravent les tensions autour de l’huile de table en Algérie. Force est de constater que les autres concurrents de l’opérateur AGC SIM SPA développent des pratiques beaucoup plus saines. A titre d’exemple, le groupe CEVITAL d’Issad Rebrab, le leader du marché des huiles alimentaires, impose aux grossistes des factures réelles qui contiennent les véritables coordonnées fiscales des commerçants avec toutes les informations afférentes à leurs registres de commerce.

Cevital trace avec précision toutes ses ventes aux grossistes et il donne quotidiennement la liste de ses clients aux directions de commerce territorialement compétentes. Les inspecteurs de l’inspection territoriale du commerce font ensuite des descentes chez les grossistes pour contrôler les prix qu’ils affichent sur les bidons d’huile de table subventionnée par l’Etat et dont les prix sont plafonnés selon les termes précis d’un décret exécutif datant de 2011.

C’est à cause de cette rigueur que les grossistes, hostiles à toute facturation pour de multiples raisons y compris commerciales car la facturation implique des coûts supplémentaires qu’il faudra répercuter aux commerçants détaillants, ont boycotté l’huile de table subventionnée fabriquée par le groupe CEVITAL, à savoir la fameuse huile ELIO. AFIA international Algeria, l’autre important producteur national d’huile de table, impose également un circuit commercial strict et traite directement avec les détaillants pour limiter les effets de la spéculation. Les inspecteurs et contrôleurs du ministère du Commerce sont particulièrement méticuleux lorsqu’il s’agit de passer au peigne fin les opérations commerciales de CEVITAL, AFIA ou les autres producteurs nationaux comme COGB « La Belle ». Cependant, l’opérateur AGC SIM SPA bénéficie étrangement d’une impunité déconcertante et d’une intrigante « souplesse » de la part des contrôleurs et inspecteurs du ministère de Kamel Rezig.

D’autre part, Algérie Part a constaté au cours de ses investigations que l’opérateur AGC SIM a bénéficié de plusieurs autres avantages stratégiques. A titre d’exemple, l’accès à une ligne électrique spéciale qui lui a été délivrée au début de l’année 2021 depuis la wilaya d’Ain Témouchent alors que l’usine d’AGC SIM se trouve dans la wilaya… d’Oran. Cette ligne électrique a été détournée en faveur du groupe SIM alors qu’elle était destinée à la zone industrielle de Tamzoura, dans la wilaya d’Ain Témouchent. Les opérateurs économiques de cette zone attendaient depuis des années un éventuel raccordement et ils ont été mis à l’écart au profit du groupe SIM qui a profité, à lui seul, d’une ligne électrique de grande capacité. La forte activité de l’usine d’AGC SIM a provoqué, par ailleurs, des coupures fréquentes de l’électricité au niveau de la localité d’El Karma. Les habitants et des opérateurs ont protesté à maintes reprises et pendant plusieurs mois leurs complaintes n’ont pas trouvé une oreille attentive. Les autorités algériennes ont réagi en ordonner à Sonelgaz de fournir rapidement une nouvelle source d’alimentation électrique à AGC SIM. Plusieurs opérateurs économiques algériens ont attendu des années pour pouvoir accéder à un réseau électrique de forte capacité.

Ce traitement de faveur indique clairement que le groupe SIM bénéficié du soutien des hauts responsables du régime algérien qui ont voulu lui donner un précieux coup de pouce au détriment des règles de la concurrence loyale. Naturellement, l’Algérie a besoin de « champions économiques » nationaux et le marché de l’huile de table doit à tout prix s’émanciper de la domination outrageuse de CEVITAL d’Issad Rebrab. Mais il est immoral d’offrir tous les avantages à un seul groupe privé au détriment de tous les autres concurrents. L’Etat algérien débloque, à titre d’exemple, avec une facilité déconcertante toutes les compensations et subventions financières réclamées par AGC SIM pour pouvoir produire de l’huile de table à base de SOJA et de la commercialiser ensuite aux prix plafonnés et fixés par l’Etat.

C’est le seul opérateur qui touche l’intégralité et la totalité des montants des quotas des subventions financières allouées par le ministère du Commerce alors que ses autres concurrents perçoivent seulement la moitié des quotas qu’ils réclament à l’image du fabricant Afia International Algeria située dans la zone Industrielle Hassi Ameur au niveau de Hassi Bounif dans la wilaya d’Oran. Cette usine de l’un des plus importants fabricants d’huile de table en Algérie est fonctionnelle uniquement à 50 % de son potentiel de production et elle ne produit de l’huile de table subventionnée par l’Etat que pendant une période limitée à 15 jours par mois. Et pendant ce temps-là, l’usine d’AGC SIM carbure à plein régime parce qu’elle perçoit rapidement tous les avantages qu’elle réclame à l’Etat algérien. Les autorités ont développé une étrange vision de la concurrence loyale…

 

 

9 COMMENTS

  1. Tiens donc , encore un prête nom (SIM) intronisé par la Costa Nostra algérienne jusqu’à à détrôner Cevital , car je pense que ce dernier n’a pas voulu jouer au jeu des rétro commissions et autre magouilles avec escobar et compagnie. Ont comprends mieux la pénurie qui frappe le pays actuellement. pauvre de nous et pauvre Algérie.

  2. Quand Rebrab détenait seul le monopole cela dérangeait personne
    Ah oui Rebrab est un honnête homme pas les autres industriels
    Sans Mediene, Rab El Jazair, Cevital n’aurait jamais existé…C’est quoi cette entreprise qui engrange des bénéfices depuis 1999 grâce aux subventions de l’état donc notre argent à tous….l’état donne l’argent à Rebrab pour lui premettre de vendre l’huile à un prix donné et de ce fait lui garantie de vendre 100% de sa marchandise et de faire une marge bénéficiaire à vie…jackpot assuré
    Là et même s »il a des concurrents car les chiffres de l’article prouvent que Cevital reste le leader incontesté du marché factures ou pas, il gagne de l’argent grâce à notre argent à tous ( subventions de l’état)

  3. cher zakoukou , si justement cela dérangeait tes potes (mafiosi, magouilleurs and co ) De l’été 2019 jusqu’à avril 2021, SIM BAHIA a pu détrôner tous ses concurrents menaçant même le leadership du groupe privé CEVITAL qui domine le marché algérien depuis 1998, a ton avis zakoukou, comment une entreprise de surcroit privée peut elle faire ça sans l’intervention de tes potes( COSA NOSTRA AND CO) ? Je te laisse essayer de deviner. Et par la même occasion demande toi pourquoi tes compatriotes n’arrivent plus a se fournir en huile et autre produit de première nécessité…. koukouzak?

  4. Donc , mister zemmars, tu es convaincu que le prix élevé de bidon d’huile est une supercherie de ministre du commerce lui même !?.
    Il a déclaré récemment que certains produits reviendrons à leur prix d’origines dans quelques jours… Tous se goupilles.
    Ouff Dey dira cette fois ci qu’il s’agit de la faute des Kabyles mais qu’à moitié…
    Il reste à savoir pourquoi le prix de poulet, patate et autres dorés alimentaires ont exploser

  5. Sim produit son huile à partir de graines de soja importé, il fait de la trituration comme vous dites si bien dans votre article. Les autres, y compris Rebrab, ne font qu’affiner une huile déjà raffinée. Une usine de trituration coûte beaucoup plus cher qu’ une simple unité d’affinage, et produit des tourteaux de soja pour le bétail en plus de l’huile et de la glycérine. En un mot elle est plus intégrée et mérite le soutien des autorités car elle emploie plus de monde et dépense moins de devises pour ses matière premières. Et cerise sur le gâteau son huile revient moins cher et peut donc battre ses concurrents avec un prix final compétitif tout en mangeant plus. Rebrab l a enfin compris et maintenant il envisage d’investir aussi dans la trituration. Il en a été empêché par le passé. Ses machines étaient bloquées à la douane pour plusieurs années.

  6. Tout en margeant plus.
    Mais le problème demeure le prix de vente de 600da inférieur au prix de revient réel qui dépasse maintenant 700da. L’état sensé compenser la différence met des années à régler la différence ce qui met à mal les trésoreries des groupes les plus puissants en les fragilisant financièrement.
    C’est le problème numéro un de Sonatrach auquel l’état doit 10 milliards de dollars au titre de la compensation des subventions aux carburants depuis 2014.
    Ces 10 milliards auraient dû servir à la prospection et au développement de nouveaux gisements, ce qui aurait aidé à augmenter la production et donc les exportations et des entrées de devises tant désirées par ces temps difficiles. Quand on privilégie le court terme sur le long terme ça finit toujours en catastrophe.

  7. Khouya Zakaria…tu as tout résumé.
    Saha ftorek

    Les poisons et les fossoyeurs de l’Algérie sont communautaristes et essayent de se taire passer pour des victimes en jouant les victimes ou en essayant de jouer les gros bras du net.
    Ce sont les Neo Harkis qui veulent que le pays s’effondre parce qu’ils n’arrivent plus à le piller comme ils l’ont toujours fait.

    Ils assument d’ailleurs de plus en plus leur Harka et leur soif de destruction.
    C’est déjà ça de gagner sur leur génétique hypocrisie…
    Hamdoulilah le peuple algérien ouvre les yeux…

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