En pleine crise financière, les dépenses sécuritaires font exploser une nouvelle fois le budget du ministère de l’Intérieur en Algérie

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palais de gouvernante. Alger le 27/10/2016 photo by Billal Bensalem / APP

Pour l’année 2022, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales, l’un des départements ministériels régaliens de l’Etat algérien, sera doté d’un budget très élevé qui dépassera les 585 milliards de Da, soit l’équivalent de 4,3 milliards de dollars. C’est un immense budget qui marque une augmentation phénoménale des dépenses du ministère de l’Intérieur. Une augmentation qui s’explique par le poids de plus en plus important des dépenses sécuritaires de l’Etat algérien lesquelles ne cessent de monter crescendo alors que le pays est étouffé par une alarmante crise financière.

C’est le projet de loi de finances (PLF) pour l’exercice 2022 qui confirme cette augmentation intrigante des dépenses du ministère de l’Intérieur. Cette future loi de Finances 2022 qui devra être adoptée d’ici la fin de cette année en cours. Avec plus de 585 milliards de Da, le ministère de l’Intérieur, des Collectivités Locales et de l’Aménagement du Territoire, est l’un des budgets les plus lourds de l’Etat algérien lequel manque cruellement de recettes budgétaires pour couvrir et financer ses dépenses de plus en plus onéreuses.

Il faut savoir effectivement qu’au cours de l’année 2022, l’Etat algérien subira un déficit budgétaire qui qui peut aller au-delà de 31 milliards de dollars ! Un record inédit.

L’Algérie connaîtra en 2022 un écart historique entre les recettes et les dépenses. Et our cause, si les encaissements vont atteindre 5.683 milliards Da, les charges seront estimées au total à 9.857 milliards DA. Par conséquent, en calculant le résultat financier du budget annuel, on s’aperçoit vite que le déficit peut atteindre 4.100 milliards de dinars. Soit 31 milliards de dollars. En 2021, ce même déficit a été estimé à l’équivalent 22 milliards de dollars. Ce qui indique que le déficit budgétaire s’aggravera encore de 10 milliards de dollars supplémentaires d’ici fin 2022.

En dépit de cette conjoncture financière très mauvaise pour l’équilibre du pays, l’Etat algérien va dépenser encore en 2022 davantage d’argent pour son ministère de l’Intérieur dont le budget ne cesse d’augmenter d’une année à une autre.

En effet, en 2021, le ministère de l’Intérieur a été dotée d’une enveloppe dépassant les 581 milliards de Da. C’était le budget officiel qui avait remanié à la suite de l’élaboration de la loi de finances complémentaires de 2021. Au début de l’année 2021, le budget initial du ministère de l’Intérieur était de l’ordre 555 milliards de Da. L’Etat algérien a donc consenti une nouvelle augmentation budgétaire de ce ministre au cours d’une seule et même année.  C’est un fait inédit.

En 2018, le même ministère algérien de l’Intérieur avait un budget d’à peine 425 milliards de Da, soit l’équivalent de 3,2 milliards de dollars. En 2019, ce budget a même baissé pour atteindre les 418 milliards de Da, à savoir l’équivalent de 3,1 milliards de dollars.

En 2020, le ministère algérien de l’intérieur a bénéficié d’un de 432 milliards de Da, soit l’équivalent de 3,24 milliards de dollars. A partir de 2021, l’Etat algérien a sorti son chéquier pour augmenter significativement le budget de ce ministère régalien en lui offrant ainsi… 581 milliards de Da et en 2022, ce budget montera jusqu’à 583 milliards de Da, soit plus de 4,30 milliards de dollars ! Soit une augmentation phénoménale de l’équivalent de plus d’un milliard de dollars en une seule année alors que l’Algérie a perdu beaucoup, pour ne pas dire énormément, d’argent à cause de l’impact des conséquences de la pandémie de la COVID-19 sur les exportations algériennes des hydrocarbures ainsi que la chute de toutes les recettes fiscales en raison de la panne économique du pays qui est déstabilisée par la crise politique depuis 2019.

Selon les investigations d’Algérie Part, l’explosion des budgets du ministère de l’Intérieur s’explique essentiellement par les nouvelles dotations budgétaires accordées à la Police algérienne, la fameuse DGSN, qui va encore recruter des policiers en 2022  et va surtout acquérir de nouveaux équipements comme ce fut le cas en 2021 avec les voitures neuves et des engins sophistiqués comme en témoigne les commandes faites aux constructeurs français Renault et Peugeot révélés récemment par Algérie Part. 

Il faut savoir qu’en 2021, rien que les salaires de tous les policiers algériens ont coûté la bagatelle de 1,24 milliard d’euros. Tout le budget que va consommer la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN), a dépassé en 2021 les 1,78 milliard d’euros, nous apprend ainsi la répartition des crédits ouverts au titre du budget de fonctionnement de 2021 de l’Etat algérien, décidée dans le cadre des comptes financiers approuvés par la Loi de Finances de 2021. En 2022, ces dépenses vont encore s’alourdir et augmenter alors que le pays s’appauvrit sur le plan économique et financier. Au lieu d’investir sur l’industrialisation et le développement économique du pays, le régime algérien mise encore et toujours sur la sécuritocratie et les moyens de répression ou de coercition.

Soulignons enfin que le ministère de l’Intérieur est le 3e budget le plus élevé de l’Etat algérien après celui du ministère de la Défense Nationale et l’Education Nationale.

 

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