En 7 ans, des projets pilotés par le ministère de la communication ont consommé plus 120 millions sans aucune justification

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Le ministère de la Communication en Algérie a lancé pendant de nombreuses années d’importants projets financés par de l’argent public. Or, plusieurs de ces projets ont consommé d’immenses budgets sans aucune justification rationnelle. En effet, faute de bonne gestion et d’un contrôle efficace de la faisabilité de ces investissements publics, les projets chapeautés par le ministère de la Communication ont été réévalués à maintes reprises pour atteindre en 7 ans…. l’équivalent de plus de 120 millions d’euros, a constaté Algérie Part au cours de ses investigations. 

Ce budget a été effectivement dépensé pour la réalisation de vingt-deux (22) opérations inscrites entre 2007 et 2016. Or, ces projets ont connu des réévaluations importantes. Les autorisations de programmes délivrées par l’Etat algérien au profit de ces projets dans le secteur de communication sont passées de 12,830 Mrds de DA à 18,556 Mrds de DA, à savoir l’équivalent de plus de 120 millions d’euros, soit une augmentation de 45% qui n’a jamais été justifiée ou expliquée par les hauts responsables de ce département ministériel.

Un exemple concret. En 2017, le ministère de la Communication a procédé à la réévaluation de trois (03) opérations inscrites durant cette année avant même le lancement des travaux d’exécution de ces nouveaux projets, les autorisations programmes sont passées de 4,726 Mrds de DA à 7,443 Mrds de DA,  à savoir l’équivalent de 46 millions d’euros, soit une augmentation de 57%. Ces trois opérations concernent l’acquisition de nouveaux matériels et de nouveaux équipements par l’Entreprise publique de télévision (EPTV), l’entité qui gère la télévision étatique l’ENTV.

Ces 3 projets consistent à octroyer des subventions à l’EPTV pour l’acquisition de six (06) cars de reportage HD, l’acquisition d’équipements audiovisuels et pour la climatisation et l’énergie des deux studios des Eucalyptus. Tous ces projets budgétisés au départ à 4,7 milliards de Da ont été finalement réévalués sans aucune explication ni motif convaincant à plus de 7,4 milliards de Da. Et cette réévaluation est intervenue avant même le lancement de l’exécution de ces projets. Une pratique très douteuse qui laisse transparaître des soupçons de dilapidations financières.

Il est à signaler enfin que la réévaluation des projets publics est un fléau majeur en Algérie qui menace dangereusement l’équilibre des finances publiques.  « L’enveloppe consacrée à la réévaluation des projets publics de 2005 à 2020 est de 8908 milliards de dinars. Cette réévaluation s’explique par la non maturité des opérations et la non maîtrise des délais d’exécution », avait déclaré le 16 septembre 2021, le Premier ministre, ministre des Finances, Aimen Benabderrahmane. « L’inscription de nouveaux projets publics ne se fera plus « sans une étude de faisabilité approfondie », avait-il encore indiqué  en parlant d’un arsenal juridique qui est prévu à cet effet.