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Décryptage. Pourquoi le modèle algérien est en fin de vie

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Effondrement du pouvoir d’achat, appauvrissement accéléré de la population algérienne, chute de la valeur de la monnaie, crise de liquidités, chômage massif, panne économique et croissance très faible, pénuries de plusieurs produits de première nécessité, services publics très détériorés, un système sanitaire plus que jamais en crise, réserves de change qui fondent comme neige au soleil, forte dépendance alimentaire vis-à-vis de l’étrager, etc., la liste des problèmes structuraux auxquels l’Algérie est confrontée au quotidien sont nombreux, très nombreux. Et cette liste ne cesse de s’allonger d’un mois à un autre en raison de l’aggravation incessante de la crise financière qui frappe de plein fouet l’Etat algérien. 

Ces problèmes structuraux s’aggravent par le modèle de fonctionnement et de développement de l’Algérie est tout simplement en fin de vie. Un modèle qui ne permet plus au pays de financer ses propres besoins et d’assurer sa survie face aux défis de plus en plus complexes du monde d’aujourd’hui. Mais pourquoi ce modèle algérien est si grippé ? Les raisons sont multiples. Diagnostic.

La première insuffisance du modèle algérien est sans doute la très faible croissance de l’économie algérienne.  D’une moyenne de 1,6 % au cours de la décennie 1990, le taux de croissance du PIB est passé à 3,7 % en moyenne entre 2000 et 2014. Cette période a été marquée par un rattrapage important en ce qui concerne la réalisation d’infrastructures. En effet, les dépenses d’équipement sont passées de 20 % des dépenses de l’État à la fin des années 1990 à 40 % entre 2006 et 2014.

Durant cette phase de prospérité tirée par le cours élevé du pétrole, la dépense publique a connu un essor très important. Les dépenses de personnel et les dépenses sociales, composées essentiellement de subventions (alimentaires, énergie, logement), ont été
un vecteur important de la hausse des dépenses publiques, notamment à partir de 2011,
atteignant leur niveau le plus élevé, soit 45,8 % du PIB en 2015.

Avec la chute brutale des cours du pétrole en 2014 et la persistance de ce choc, la soutenabilité du modèle de croissance du pays a été confrontée à une dégradation rapide des finances publiques et de la balance courante. Le solde budgétaire a accusé un déficit de -15,3 % en 2015, ramené successivement à -13,2 % en 2016 et -8,8 % en 2017. Le solde de la balance courante, positif jusqu’en 2014, est passé de -4,4 % en 2015 à -16 % en 2016.

Avec les ajustements budgétaires réalisés par le gouvernement pour faire face à la dégradation des finances publiques, la croissance a ralenti en 2017, passant à 1,6 %, contre une moyenne de 3,4 % durant la période 2010-2016. Ainsi, les efforts d’investissement public n’ont pas eu l’effet escompté sur les capacités de développement endogène du pays.  L’investissement privé n’y a d’ailleurs pas pris le relai de l’investissement public ; il ne dépasse guère 10 % de l’investissement total.

La deuxième grande faiblesse du modèle algérien est la quasi-absence de l’industrie dans le paysage économique algérien. En effet, le secteur industriel, hors hydrocarbures, reste peu développé, contribuant pour moins que 5 % au PIB. Les exportations hors hydrocarbures ne se sont pas diversifiées, et leur part dans les exportations totales est inférieure à 5 %, alors que les exportations d’hydrocarbures sont en baisse.

Face à cette situation, et avec une pression démographique qui pose des enjeux majeurs,
notamment en matière de création d’emplois, l’Algérie doit accélérer sa transformation
structurelle. La contribution du secteur des hydrocarbures est le pilier majeur de la croissance de l’économie.

L’industrie hors hydrocarbures représente moins de 15 % de la valeur ajoutée du pays. La faiblesse du secteur industriel se reflète dans la faiblesse du degré de sophistication de l’économie et des exportations, mesurée selon l’Indice de Complexité Economique. L’Algérie occupe ainsi le 89ème rang sur 127 pays. Outre le faible poids des exportations hors hydrocarbures, les exportations algériennes sont réduites à une centaine de produits, contre 200 à 230 pour le Maroc et la Tunisie.

La troisième faiblesse qui rend caduc le modèle algérien est l’emploi. La structure de l’emploi a connu des progrès dans le secteur des services. La part du secteur agricole dans l’emploi s’est réduite de près de moitié entre 1990 et 2018, passant de 20,1 % à 10,4 %. En parallèle, la part de l’industrie a légèrement régressé, passant de 15,5 % à 13,5 %.

L’emploi dans le commerce et les services a ainsi vu sa part augmenter de 50 % à 58,9 %. La part des « services marchands » a doublé en 8 ans, passant de 13 % en 2010 à 26 % en 2018. Il faudrait cependant noter que les services sont dominés par des activités à faible valeur ajoutée, essentiellement liées au transport de marchandises et au commerce.

Pendant longtemps, la création d’emplois s’est faite au détriment du salariat permanent. Alors que la part du salariat permanent s’élevait à 47 % des emplois en 1997, elle a chuté et est passée à 38 % en 2018. Par ailleurs, sur la période 2001-2014, l’emploi informel représentait un peu plus que 40 % des activités de l’ensemble de la population active.

La productivité globale n’a pas enregistré d’amélioration importante, avec des résultats
contrastés selon les secteurs. Entre 1991 et 2016, la croissance de la productivité apparente du travail s’est élevée pour atteindre une moyenne de 5 % pour l’agriculture, 3 % pour les services et -2 % pour l’industrie. La croissance moyenne de la productivité totale s’est élevée à seulement 1,11 % sur la période.  La transformation structurelle a très faiblement contribué à la hausse globale de la productivité, celle-ci ayant été surtout tirée par une augmentation de la productivité intrasectorielle, dans le secteur agricole et celui des services.

Ces trois faiblesses ont provoqué toutes les crises que connait l’Algérie successivement depuis 2014, année pendant laquelle s’est produit  le choc pétrolier. Entre novembre 2014 et janvier 2016, les prix du pétrole qui s’établissaient à une moyenne de 100 $ le baril recule de plus de 60%, atteignant en janvier 2016, leur plus bas niveau depuis de nombreuses années, 27 $.

Mais ces trois faiblesses du modèle algérien ont été aggravées par la forte croissance démographique qui est à l’origine de l’augmentation phénoménale des besoins vitaux du pays au moment où la richesse créée ne cesse de chuter.

Alors que l’Algérie a amorcé sa transition démographique au milieu des années 1980, une transition inversée a été observée dans les années 2000. En 2017, pour la quatrième
année consécutive, le nombre de naissances vivantes a dépassé 1 million, contre 580 000 au début des années 2000.

Selon les dernières projections de la population, le pays devrait ainsi compter 53 millions d’habitants en 2030. En matière de santé, entre 2000 et 2015, les algériens ont gagné 5,4 ans d’espérance de vie, et 4 ans d’espérance de vie en bonne santé, passant de 61 ans à 65 ans. Sous l’effet de la croissance du PIB par tête et d’un système de redistribution très généreux, les inégalités de revenu se sont ainsi considérablement réduites, avec un indice de Gini qui est passé de 35,3 en 1995 à 27,6 en 2011. Il faut savoir que l’indice de GINI est une mesure statistique permettant de rendre compte de la répartition d’une variable (salaire, revenus, patrimoine) au sein d’une population donnée.

De façon générale, l’Algérie a échoué à amorcer la transformation structurelle de son économie, dont le pilier majeur demeure le secteur des hydrocarbures. Les revenus tirés de ce secteur ont été déterminants pour le financement des dépenses d’infrastructures et de développement humain. Aujourd’hui, le modèle de développement de l’Algérie a atteint ses limites. Le pays est appelé à lancer des réformes de structure afin d’accélérer le développement du secteur privé, accroître la productivité du travail et diversifier son tissu productif. Ce constat, le régime algérien le connaît depuis 2015/2016. Mais faute d’un plan de développement, d’une stratégie clairvoyante, d’une stabilité politique et de décideurs compétents, l’Algérie n’a toujours pas corrigé ses faiblesses et s’enfonce dangereusement dans un sous-développement crasseux qui risque de lui coûter… sa survie.

 

7 COMMENTS

  1. Aucun de ces chiffres ne saurait refléter la réalité.
    Dans une dictature, il n’y a pas de contre pouvoir pour infirmer ou confirmer…

  2. Pas besoin de chiffres, de pourcentages, de classements pour s’apercevoir et conclure que nous sommes très mal partis. La réalité de notre vécu suffit amplement. Des rapports et des analyses convergentes sont rédigés hebdomadairement par des gens compétents et tout à fait indépendants de la gouvernance en place. La solution est toute trouvée, pas la peine de se creuser les méninges.

    On sait ce qu’il faut faire depuis longtemps et on ne le fait pas. C’est là que se situe l’énigme:
    Pourquoi rien ne bouge?
    Qu’attendent-ils?
    Manque de courage politique ?
    Pénurie de compétences ?
    Attente du signal de Macron, ou de Poutine, ou de XI Jin Ping pour s’y mettre ?
    A moins que ce soit encore ces maudits ennemis de l’extérieur qui nous mettent des bâtons dans les roues… comme d’habitude…

  3. la solution est de voir des models qui fonctionne comme la Scandinavie ou le canada l’état est responsable du social donc régulateur et laisser libre l’économie.
    Le prive ou l’étranger on le laisse travailler donc générer des postes de travail
    l’état doit investir sur l’humain et laisser les autres qui ramené de la valeur ajouté a notre économie;
    L’état algérien a vouloir tout contrôler elle perd le contrôle.
    Pour certain on va dire que ces pays ( la Scandinavie ou le canada) sont loin pour se comparer a eux, je dirais pas du tout
    car ils sont des pays a grandes richesse naturelles et de grand exportateurs de matière première

  4. @[email protected] laisser les algériens et des investisseurs étrangers prendre des risques, et ne pas jouer au loto avec l’argent de l’état en lançant des projets « budgétivore « , « hors de tout contrôle » style autoroute Est Ouest…
    Dans un pays « normal », on aurait construit une autoroute payante grâce au privé avec une concession du 25-30 ans sans que cela coûte un centime à l’état
    Supprimer cette Loi débile du 51/49
    Qui va prendre le risque de venir risquer investir en Algérie en étant non seulement minoritaire dans sa propre société mais en étant empêché de rapatrier ses bénéfices après avoir payé les charges, taxes et impôts locaux.
    L’investisseur a besoin de stabilité fiscale et ne pas réitérer l’histoire d’ANADARCO ou « l’état décide de faire appliquer des Loi rétroactif ou faire jouer le droit de préemption empêchant l’investisseur de céder ses parts librement.
    Supprimer ses commissions d’attributions qui ont démontré ou leurs incompétences et leurs corruptions
    L’état joue le rôle de régulateur, et doit s’aider des compétences de l’expertises du FMI, de la Banque Mondiale, de la BERD , de la Banque Africaine…ou même de cabinet d’audit ou d’expertise privé
    Avoir de la dette extérieur n’est pas une tare si cette dette sert à l’investissement et la création de richesse pas à l’importation de produits fini

  5. J’ai écouté la chanson de Azzedine, » l’ghalba » (Allahyrahmou).
    Je comprends pourquoi ils l’ont incarcéré.
    C’était un bonhomme !
    Spéciale dédicace à Dey l’kelb, l’imam PMU et Zoukakhra75 et tous leurs consanguins…

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