Décryptage. Les incendies « volontaires » et « involontaires » : comment l’Algérie perd chaque année une moyenne de 5000 hectares de forêts

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Les deux de forêts sont une menace majeure en Algérie qui est abordée dans les médias algériens avec beaucoup de populisme et de sensationnalisme contribuant ainsi à propager des théories complotistes et des Fake News qui portent un lourd préjudice à l’opinion publique nationale. En vérité, ce fléau des feux de forêts a été étudié scientifiquement par des universitaires algériens et des enquêtes sérieuses ont été menées pour déterminées les origines volontaires et involontaires qui expliquent l’ampleur dramatique que prend chaque année ces incendies ravageurs.

En décembre 2014, trois chercheurs algériens de l’université de Tizi-Ouzou ont fait un travail remarquable qui apporte des réponses concrètes aux nombreuses questions soulevées par les feux de forêts en Algérie. Ces 4 chercheurs sont Ouahiba Meddour-Sahar, de la faculté des Sciences Biologiques et des Sciences Agronomiques, Université Mouloud Mammeri à Tizi Ouzou, Arezki Derridj et Rachid Meddour, deux chercheurs affiliés à la même faculté de l’Université de Tizi-Ouzou. Les trois chercheurs algériens ont été accompagnés et soutenus par Vittorio Leone, chercheur et membre de l’Académie des Sciences Forestières d’Italie et de l’Académie des Georgofili.

Ces 4 universitaires et chercheurs ont travaillé sur une zone qui regroupe les forêts de Tizi-Ouzou, Bouira et Boumerdes qui font partie de la Kabylie. Les 4 chercheurs ont choisi cette région parce qu’elle a « un taux de boisement important », et elle est « marquée par une forte présence humaine enclavée dans les massifs forestiers, à laquelle doit être attribué un grand nombre de départs de feu », expliquent ainsi ces  chercheurs en soulignant que « ces trois wilayas constituent un terrain propice, un véritable territoire-laboratoire, pour l’analyse des incendies ».

L’objectif de leur étude était d’évaluer la perception des motifs des incendies de forêt par le personnel de la Protection Civile algérienne. L’étude a complèté l’analyse déjà menée par les mêmes auteurs avec le personnel de la Direction Générale des Forêts. Leurs recherches ont permis aussi d’apporter des réponses aux causes inconnues en Algérie, qui représentent plus de 80 % du nombre total des incendies.

L’enquête de ces 4 chercheurs algériens a impliqué 317 agents de la Protection Civile, contactés par courrier, pour répondre à un questionnaire d’enquête.  Les causes identifiées relèvent de l’action de l’Homme, qu’elle soit volontaire ou involontaire, en excluant les causes naturelles. Les 4 experts ont reconnu, en termes de fréquence dans leurs réponses, le jet de mégots pour plus de 90 % d’entre eux, le brûlage des chaumes (82,97 %) et les jeux d’enfants (65,30 %). Pour les incendies volontaires (malveillance), les résultats mettent en évidence les brûlages des décharges sauvages (85,49 %) et le renouvellement de l’herbe par les pasteurs (65,93 %). Pour les incendies accidentels, ils mettent en évidence les débris de verre (79,18 %) et les lignes électriques (70,66 %).

Les résultats de cette enquête révèlent ainsi que les causes des incendies des forêts sont majoritairement involontaires et accidentels. Il y a très peu de cas où des bandes criminelles ont brûlé des forêts, comme veut le faire croire le gouvernement algérien habitué à la propagande basée sur les complots pour manipuler l’opinion publique.

 

Plus de 60 % des experts qui ont collaboré avec les chercheurs reconnaissent que la majorité des incendies et feux de forêts observés en Algérie ont pour origine des motifs involontaires et/ou accidentels. Les experts ont unanimement reconnu pour les événements involontaires l’importance des jets de mégots, avec une fréquence de plus de 90 %, l’utilisation négligente des feux agricoles, le brûlage des chaumes en particulier (82,97 %) et les jeux d’enfants (65,30 %). Pour les incendies volontaires, les résultats de l’enquête des chercheurs ont mis en évidence l’importance relative des feux allumés à partir des décharges sauvages (85,49 %), le renouvellement de l’herbe par les pasteurs (65,93 %) et la collecte de miel (65,30 %).

Cette enquête a abouti en dernier lieu à la conclusion que l’Algérie souffre énormément de la mauvaise maitrise des incendies qui s’explique surtout par le manque de culture environnementale laquelle se traduit notamment par la passivité vis-à-vis des  décharges sauvages considérées comme une cause fréquente et importante des incendies en Algérie.

Il est à noter en dernier lieu que durant la période 1985-2010, l’Algérie a enregistré un cumul de 42 555 feux, qui ont parcouru une superficie forestière totale de 910 640 ha (soit 22,12 % de la surface forestière totale, avec un taux de 0,85 % par an). Ceci correspond à une moyenne annuelle de 1 637 feux et 35 025 ha de surface parcourue. Les statistiques révèlent une situation assez grave pour un pays menacé par la désertification.