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Comment l’Etat algérien a provoqué la crise des liquidités en Algérie pour réduire la consommation et les importations

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Depuis plusieurs jours, les Algériens font face à un nouveau problème qui complique énormément leur quotidien déjà sinistre à cause des conséquences néfastes de la pandémie du COVID-19. Il s’agit de la crise pénurie des liquidités au niveau des banques et notamment, ou surtout, les agences d’Algérie Poste où des milliers d’algériens se pressent chaque jour pour encaisser leurs pensions de retraite ou faire des retraits d’argent pour soulager leurs portefeuilles. 

Or, il s’avère qu’il n’y a plus assez de liquidités bancaires, à savoir de l’argent en espèces, pour satisfaire la demande des algériens. Cette crise des liquidités s’est aggravée depuis la fin du mois de juin notamment au niveau des bureaux d’Algérie Poste. Nous avons pu vérifier que cette pénurie de liquidités a atteint des niveaux alarmants depuis la première semaine du mois de juillet. Preuve en est, un receveur d’un bureau de Poste d’une ville habitée par plus de 50 mille habitants était régulièrement alimenté en argent par la banque d’Algérie pour un seuil de 4 millions de Da par jour. Or, aujourd’hui, à savoir depuis le début du mois de juillet,  ce seuil est descendu jusqu’à 400 mille Da par jour !

Ce même bureau de Poste que nous prenons pour exemple bénéficiait d’un niveau rassurant de trésorerie grâce aux divers versements effectués par les Algériens sur leurs comptes CCP. Mais depuis le début de la pandémie du COVID-19, ces versements ont baissé jusqu’à 80 %, assurent plusieurs receveurs que nous avons interrogé pour les besoins de notre enquête, car les algériens, apeurés par les conséquences de la pandémie du COVID-19, veulent garder leur argent chez eux pour parer à toutes les urgences.

Avec tous ces nouveaux paramètres, le bureau de Poste de la ville que nous prenons pour exemple se retrouve ainsi dans une crise de liquidités sans précédent. Or, comme nous l’avons remarqué, c’est d’abord la réduction des fournitures des espèces décidée par la Banque d’Algérie qui a provoqué la véritable saignée des liquidités. Il s’agit donc d’une décision bien réfléchie et sciemment adoptée par la Banque d’Algérie ? Pourquoi ?

Selon des sources proches de la Banque Centrale algérienne, cette crise de liquidités est un axe majeur de la nouvelle organisation financière et économique adoptée par les autorités algériennes pour affronter la crise financière provoquée par la pandémie du COVID-19.

En vérité, confient nos sources, la Banque Centrale a expressément réduit le niveau de liquidités des banques et établissements financiers dans le but de réduire la consommation des Algériens. Avec ce mécanisme, les commerçants manquant de liquidités seront contraints de ralentir leurs activités commerciales et les citoyens manquant cruellement de liquidités vont énormément baisser leurs dépenses. Avec cette technique, la Banque Centrale algérienne obtient une réduction générale et drastique de la consommation nationale en Algérie.

Par conséquent, ce ralentissement de la consommation va impacter directement la facture des importations du pays. L’Algérie est un pays dépendant totalement de ses importations à l’étranger pour satisfaire sa consommation nationale. L’Etat algérien doit donc payer des importations en devises sonnantes et trébuchantes pour introduire sur le marché algérien des produits qui seront revendus en dinar algérien. Les pertes sont énormes pour les réserves de devises du pays. Le ralentissement de la consommation nationale ralentira les importations du pays et économisera à l’Etat algérien des devises précieuses en ces temps de crise financière.

Avec ce mécanisme financier très machiavélique, l’Etat algérien espère faire des économies substantielles en période de crise mondiale provoquée par la pandémie du COVID-19. Cependant, ce mécanisme est dangereux pour l’économie nationale. Et pour cause,  l’assèchement de liquidité provoque la paralysie du système interbancaire et on peut assister à un resserrement du crédit et sur le marché financier, ce phénomène perturbe les échanges entre les vendeurs et les acheteurs qui ne se rencontrent pas par manque d’actifs, et rend impossible les opérations financières.

De manière générale, la crise de liquidité est une crise systémique, c’est à dire inhérente au système économique. Il s’agit d’un cercle vicieux qui touche chaque acteur du marché quelle que soit sa taille ou son implication dans le marché. Le risque de l’effondrement économique est donc élevé et es Banques Centrales doivent endosser leur rôle de prêteur en dernier recours et peuvent agir en injectant des liquidités sur le marché, c’est à dire en prêtant de l’argent aux banques ou en créant de la monnaie supplémentaire avec pour conséquence dramatique d’aggraver l’inflation dans le pays.

Or, les autorités algériennes préfèrent visiblement prendre ce risque économique au lieu de continuer d’importer à un niveau élevé comme durant les années précédentes ce qui causerait la disparition pure et simple des réserves en devises du pays. Des réserves sur lesquelles l’Etat algérien compte énormément pour survivre après la crise de la pandémie du COVID-19.

Officiellement, l’Etat algérien refuse de parler de ce mécanisme financier sournois et dangereux. Le nouveau ministre des Finances s’est prononcé récemment sur le niveau des liquidités bancaires.  Aymen Benabdarrahmane a assuré que celles-ci se trouvent « à un niveau acceptable », ajoutant que les banques sont en mesure d’octroyer des crédits actuellement. « Les comités de crédit sont fonctionnels contrairement à ce que certains disent », a-t-il insisté. Des déclarations qui sont totalement démenties par la réalité vécue par des millions d’algériens recherchant désespérément de l’argent en cash au niveau des banques ou les bureaux d’Algérie Poste.

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