Bedoui, Belkecir, Abdelmalek Sahraoui et les autres « intouchables » de la lutte contre la corruption en Algérie

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Hier mardi 8 décembre dernier, de nombreux Algériens et Algériennes se sont réjouis de l’incarcération ou condamnation à la prison de plusieurs grosses têtes de la corruption du système Bouteflika. Il s’agit effectivement de l’ancien Wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, et de l’ancienne ministre de la Poste, des Télécommunications et des TICS, Imane Houda Feraoun ainsi que de l’ancienne ministre de l’Industrie, Djamila Tamazirt. 

Le tribunal de Tipaza a condamné, mardi, l’ex- wali d’Alger Abdelkader Zoukh , jugé en comparution et en première instance, à une peine de 5 années de prison ferme dans l’affaire d’octroi de privilèges à la famille de Abdelghani Hamel, et à 4 ans de prison ferme dans une autre affaire similaire relative à la famille Mahieddine Tahkout, avec ordre de sa mise en détention durant l’audience. Pendant la même journée, les deux anciennes ministres Imane Houda Feraoun et Djamila Tamazirt ont été placées en fin de journée en détention provisoire après leur comparution devant la chambre d’accusation de la Cour d’Alger.

L’ex-ministre de l’Industrie, Djamila Tamazirt est poursuivie dans l’affaire liée au complexe de corso dans laquelle elle est accusée « abus de pouvoir volontaire à l’effet d’accorder d’indus privilèges en violation des lois et réglementations, octroi d’avantages indus lors de la passation de marchés publics, dilapidation volontaire et détournement de deniers publics dans le cadre de l’exercice des fonctions, trafic d’influence, conflit d’intérêts, fausse déclaration des biens, blanchiment d’argent et de revenus criminels issus de la corruption ». L’ex-ministre de la Poste et des Télécommunications, Imane Houda Feraoun, est poursuivie dans une affaire liée à Algérie Télécom (AT), pour « infractions aux dispositions législatives et réglementaires, par l’octroi d’indus avantages à autrui lors de la passation de marchés publics, dilapidation de deniers publics et abus de fonction ».

Ces incarcérations ont été largement applaudies par les Algériennes et Algériens. Beaucoup de compatriotes ont crié victoire estimant que la chute de ces grosses figures du régime Bouteflika ont fait beaucoup de mal à l’Algérie. C’est certainement un raisonnement juste et totalement fondé. Mais Houda Feraoun ou Zoukh ne représentent qu’une petite partie de ces dirigeants déchus, mais qui n’ont pas été encore inquiétés par la justice algérienne. De nombreux autres dirigeants « tombés » à la suite du Hirak du 22 février 2019 et des bouleversements provoqués au sein du sérail algérien, n’ont pas été encore inculpées ou jugées pour toutes leurs implications dans de grosses affaires de corruption. Et la liste de ces dirigeants encore intouchables est, malheureusement, longue.

A la tête de cette liste, nous retrouvons le sinistre général Ghali Belkecir, l’ancien patron de la gendarmerie nationale, l’officier le plus corrompu de l’armée algérienne. Ghali Belkecir s’est enrichi de manière spectaculaire en Algérie ce qui lui as permis de transférer illicitement de précieuses devises à l’étranger. Appartements dans le très chic 16e arrondissement parisien, villa à Marbella, la prestigieuse station-balnéaire en Espagne, voitures de luxe, comptes en devises à Dubai, etc., le général Ghali Belkecir a détourné ouvertement ses prérogatives pour s’enrichir et toucher des pots-de-vin. Avec la complicité de son épouse, Fatiha Boukhers, l’ancienne présidente de la Cour de Tipaza, et l’un des piliers de « la justice du téléphone » du régime, Ghali Belkecir a racketté, fait chanter, offert des privilèges illicites ou couvert les arrières de plusieurs personnalités richissimes moyennant le paiement de rétro-commissions sonnantes et trébuchantes.

Et en dépit de ces pratiques immorales, scandaleuses et illicites, dénoncées à maintes reprises documents à l’appui par les révélations d’Algérie Part, le général Ghali Belkecir, et son épouse Fatiha Boukhers, n’ont jamais été inquiétés ni convoqués ni encore moins inculpés. Ils profitent d’une retraite dorée en Europe laissant derrière eux ruiné par les scandales de dilapidation de deniers publics.

Sur cette liste des personnalités encore « intouchables », nous retrouvons également l’oligarque et député FLN de la wilaya de Mascara, Abdelmalek Sahraoui, qui continue de jouir de l’immunité parlementaire alors que sa fortune, estimée à plus de 1 milliard de dollars, a été constituée par des pratiques de fraude fiscale, détournements de crédits bancaires publics, tricherie et escroquerie ou de privilèges illicites comme il a été démontré par les investigations d’Algérie Part dans plusieurs de ses enquêtes parues depuis 2017 sur ce personnage controversé.

Entretenant de profondes liaisons avec des personnalités influentes comme l’ex-ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, ou l’ancien patron de la Gendarmerie Nationale, Abderrahmane Arrar, Abdelmalek Sahraoui a été protégé jusqu’au bout contre les poursuites judiciaires enclenchées par la guerre déclarée contre la corruption depuis la chute du clan présidentiel des Bouteflika.

La liste est encore longue. Très longue. Nourredine Bedoui, l’ex-ministre de l’intérieur et sa complicité avec plusieurs oligarques emprisonnés, Tahar Allache, le directeur de l’aéroport d’Alger et ses flagrantes pratiques de corruption imposées à plusieurs entreprises étrangères et algériennes, etc., force est, malheureusement, de constater que plusieurs autres personnalités ou figures du régime algérien ont été « oubliés » sciemment pour ne pas dire « protégés » contre la machine judiciaire qui s’est mise en branle pour « purifier » l’Algérie du fléau de la corruption. Nous sommes bel et bien encore une justice à deux vitesses. Une justice fonctionnant aux injonctions. Quand le régime décide de sacrifier une « tête », les juges se chargent de son exécution. Il n’est donc pas question de justice ou de recherche de la vérité. Mais de calculs politiciens liés aux enjeux inavoués du nouveau sérail algérien qui s’impose depuis 2019 à l’encontre de la volonté populaire.

 

1 COMMENT

  1. Les bases du système de corruption ont été jetées lors de l’assassinat de Abane Ramdane pendant la guerre de libération et toute une série de Moudjahidines révolutionnaires patriotes par la suite. Ils ont balisé un chemin de terreur pour canaliser le peuple comme un troupeau. Aujourd’hui, c’est simple, celui qui n’est pas avec eux et contre eux !
    Espérant que Covid19 fera bientôt place à un Hirak géant pour faire bouger les lignes !